Tournée gouvernementale: Vers une prospérité partagée

 Tournée gouvernementale: Vers une prospérité partagée

L’ancien président Yayi Boni en avait fait sa marque de fabrique. Depuis le 12 mai 2021, son successeur Patrice Talon lui a emboîté le pas et a ordonné à ses ministres de parcourir villes et villages pour des séances publiques d’explications.

Le démarrage, jeudi dernier, de la tournée gouvernementale paraît dans la mémoire des Béninois comme un retour à l’ère Yayi, président de la République de 2006 à 2016. A l’époque, quasiment chaque décision du Conseil des ministres ainsi que chaque crise donnait lieu à des missions d’explications auprès de la population. Chaque ministre était tenu d’aller dans sa région, accompagné des membres de son cabinet et de tous les cadres de la localité qui occupaient des fonctions politiques.

Depuis son arrivée au pouvoir, le président Patrice Talon a tenu à imprimer sa marque en rompant, entre autres, avec cette pratique que d’aucuns trouvaient budgétivore. Avec lui, seules les campagnes électorales voyaient les membres de son gouvernement officiellement investir les villes et villages hormis les missions statutaires de chaque département ministériel. Gestion rationnelle des ressources de l’État oblige, explique l’entourage du Chef de l’État souvent préoccupé à montrer la différence de style entre Yayi Boni et ce dernier.

La crise financière qui frappe les ménages depuis plus de deux ans et qui s’est brutalement aggravée avec la guerre entre l’Ukraine et la Russie déclenchée en février a fini par faire bouger les lignes de démarcation entre l’ancien et l’actuel président. Les explications que le porte-parole du gouvernement tentait de donner sur les médias ne suffisent plus à convaincre des consommateurs exsangues et  ulcérés par l’inflation qui ne promet pas fléchir très bientôt.

L’ex-président Yayi Boni avait fait du concept de « prospérité partagée » son slogan et ce partage se faisait pour une grande part à travers les tournées gouvernementales et cette ambiance de campagne électorale permanente entretenue durant ses deux mandats. En effet, chaque descente du ministre, de son cabinet et des cadres était une manne pour la population locale. Les hôtels les bars et les restaurants ne désemplissaient. Les commerces locaux étaient florissants et sur le chemin de retour de l’intérieur à Cotonou, les revendeurs installés au bord des routes étaient devenus nombreux. Et, avant de quitter leurs parents restés au village, les cadres se sentaient obligés de donner ne serait-ce qu’un peu d’argent pour soulager les peines de ces derniers qui bien souvent souffrent pour faire face aux dépenses relatives à leurs devoirs familiaux. Les vendeurs de carburant frelaté et stations n’étaient pas du reste. Souvent les tournées étaient faites avec des véhicules toutes roues motrices qui consommaient beaucoup de carburant.

Depuis l’arrivée de Patrice Talon, cette manière de partager la prospérité » qui a duré près d’une décennie s’est arrêtée net. L’effet dans les villages et villes de l’intérieur est une paupérisation palpable et la perte des emplois dans plusieurs secteurs comme l’hôtellerie et la restauration.

Une partie du problème de la population trouverait sa solution si le président Talon obligeait ses ministres et autres cadres à quitter, le temps d’un week-end, leurs maisons confortables de Cotonou pour se rendre à l’intérieur du pays pour y dépenser l’argent qu’ils thésaurisent dans les banques et sous leurs lits. Et ce faisant, les récriminations contre le pouvoir diminueront de façon significative.

Pierre MATCHOUDO

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