Rencontre Culturelle : Achille Adonon, artiste plasticien « …C’est par la création que je peux me distinguer des autres artistes »

 Rencontre Culturelle : Achille Adonon, artiste plasticien « …C’est par la création que je peux me distinguer des autres artistes »

Achille Adonon

Le dessin, la peinture, la sculpture et bien d’autres sont les domaines artistiques dans lesquels on retrouve les réalisations de ce jeune artiste purement contemporain. Achille Adonon est son nom. A travers cet entretien, il nous parle de son amour pour le métier des arts, le choix de cette carrière d’artiste et son exposition actuellement en cours.

Qu’est-ce qui vous a orienté vers le métier des arts ?

L’art, c’est pour moi une passion. L’art est inné en moi. Quand j’étais enfant, j’avais cette passion-là. Je m’intéressai aux arts plastiques, à la musique et bien d’autres compartiments artistiques. J’avais une seule envie : devenir un artiste. Je rêvais aussi d’aller, après mon baccalauréat, dans une école des beaux-arts. Certes, je n’ai pas été dans une école des beaux-arts comme voulu, mais aujourd’hui je suis artiste et je m’en réjouis. Car je fais ce que j’ai toujours rêvé de faire. Je suis dans ma carrière et je n’ai pas laissé ma passion qui est l’art.

Quelle est votre spécificité en tant qu’artiste plasticien ?

 D’abord, je travaille énormément, je crée aussi beaucoup. J’ai la chance de faire dans la pluridisciplinarité. Chaque jour, je crée et j’approfondis mon travail. En tant qu’artiste, c’est par la création que je peux me distinguer des autres artistes. C’est par l’originalité de votre création que vous pouvez vous imposer dans la société artistique. 

Pourquoi le choix des chaussures usées comme matériaux de travail ?

Les chaussures, c’est une longue histoire. Pourquoi les chaussures ? Quand j’utilise les chaussures, je veux parler de l’Homme, précisément des enfants abandonnés. Ces chaussures représentent pour moi des enfants, les ‘’vi do mingon’’, les orphelins les enfants délaissés. Donc j’essaie d’aller à leur rencontre, je les ramasse, je les récupère, je les mets dans mon studio et je me mets dans la peau d’un médecin pour leur administrer des médicaments afin que ces enfants puissent trouver la guérison. Donc en quelque sorte, je les donne une nouvelle vie.

 Nous savons tous quand on utilise les chaussures et qu’elles deviennent usées, nous les jetons, nous les abandonnons. Etant donné que la force de l’homme se trouve dans les pieds, quand nous posons ces actes, nous laissons une partie de notre énergie dans la nature. En récupérant ces chaussures, j’essaie de leur créer un nouveau monde.  Un monde de joie et de paix. Nous sommes tous humains. Nous sommes quel que soit notre âge, enfants de nos parents. Je pense, quand nous achetons un article, nous sommes des parents de ces articles-là. C’est cette comparaison qui est faite entre les chaussures abandonnées et les enfants abandonnés. Tous, ils ont besoin de vivre et non d’être rejetés.

Pourquoi le choix de la couleur rouge pour illustrer vos œuvres ?

La couleur rouge c’est le sang royal, dans mon village à moi. Par le passé quand vous portez du rouge, c’est que vous faites partie de la lignée royale. Si vous n’êtes pas roi, c’est que vous êtes princes, princesse ou reine. J’utile donc la couleur rouge pour montrer la suprématie simplement. Le rouge pour moi n’est pas danger mais dignité et force.

Pour votre exposition en cours actuellement, pourquoi avoir choisi comme thématique : ‘’Le monde fond’’ ?

‘’Le Monde Fond’’ propose une réflexion sur le chaos dont le monde actuel est le théâtre. En proie aux violences, catastrophes naturelles, épidémies mortelles, etc., l’équilibre mondial est menacé. Les tragédies qui bouleversent l’humanité semblent notamment liées à la prédominance d’une pensée consumériste qui tend à faire abstraction des réalités qui l’ont rendue possible.  Vu tout ce qui se passe, le monde n’est plus à l’état normal. Les hommes vont à l’encontre des exigences de la vie, le père qui couche avec sa fille, le fils qui couche avec sa mère… tout va de travers et le mal prend le dessus sur le bien. C’est un véritable chaos.

Les hommes ne respectent plus les ordonnances de la nature. Les hommes ne sont plus en conformités avec les règles et lois de la nature. ‘’Le Monde Fond’’ comme la glace mise au soleil.  J’ai voulu, par cette exposition, parler au nom de la nature qui est en train de mourir, d’où le nom de l’une des œuvres exposés : ‘’Nature dead’’. A travers cette œuvre, j’invite l’espèce humaine à une prise de conscience sur les actes que nous posons et qui portent atteinte à l’équilibre de notre écosystème.  La nature se meurt, elle s’effrite et nous mourrons aussi avec elle.  Outre ‘’Nature dead’’ j’ai aussi créé une œuvre pour montrer le chaos auquel l’humanité fait face. Par cette exposition, je veux juste sensibiliser la personne humaine et attirer notre attention à tous.

Qu’est ce qui fera votre actualité les prochains mois ?

J’ai quelques projets de résidence ; déjà courant novembre, je serais au Togo avec des étudiants de l’université des beaux-arts de Paris. Après j’ai un travail collectif avec quelques artistes béninois ici au Bénin. Pour le moment, c’est ce qui est prévu. Je continue de créer aussi. Donc bien que l’exposition qui a démarré le 08 août dernier est en cours jusqu’au 31 octobre 2020, je continue mes créations.

 Que pensez-vous du secteur artistique au Bénin ?

Sans faire une généralisation, je peux dire que l’art béninois connait une évolution en ce qui concerne les arts plastiques, pour ce que je connais. Aujourd’hui beaucoup de personnes s’intéressent aux métiers d’arts et aux artistes. Certes il reste à faire mais ce qui est fait n’est pas négligeable aussi.

                                                         Propos recueillis par : Firmin KASSAGA

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