Réconciliation nationale: Et si le Bénin suivait l’exemple du Burkina ?

 Réconciliation nationale: Et si le Bénin suivait l’exemple du Burkina ?

Malgré la condamnation à perpétuité qui pèse sur lui, l’ancien président du Burkina Faso s’apprête à rentrer chez lui après huit ans d’exil. Si ce retour devient effectif, ce sera le résultat de négociations engagées par le colonel Paul-Henry Damiba, l’homme qui a pris le pouvoir suite au coup d’État contre le président constitutionnellement élu.

Le retour imminent de Blaise Compaoré aurait été soigneusement préparé, ce qui n’exclut cependant pas un risque de trahison. Mais en attendant la suite, il est intéressant de voir le côté positif, l’ancien chef d’État ayant des atouts à faire jouer, notamment sur le volet sécuritaire qui est le talon d’Achille des pouvoirs qui se sont succédés depuis son départ.

Pendant ce temps, au Bénin, en application d’une décision de justice, le domicile de l’opposant Sébastien Ajavon a été vidé de son contenu, ce qui est venu raviver l’antagonisme au sein de la classe politique. L’homme d’affaires Ajavon qui avait appelé en 2016 à voter au second tour pour l’actuel président Patrice Talon a été condamné dans un dossier de TVA non reversée pour lequel il a toujours clamé son innocence, faisant d’ailleurs remarquer qu’il avait été relaxé pour la même affaire.

Le rebondissement de ce dossier montre à suffisance que le temps n’est pas à la confiance réciproque malgré les efforts politiques déployés d’un autre côté par le président de la République. En effet, depuis le début de son second quinquennat en 2021, le chef de l’État a dépêché des émissaires pour rencontrer les forces de l’opposition et des acteurs sociaux afin d’instaurer un climat serein au sein de la classe politique. Dans ce sens, des assurances ont été données quant à la participation des partis politiques de tous bords aux prochaines élections législatives, contrairement aux dernières consultations.

Les élections municipales et présidentielle précédentes ont été précédées et suivies de violences dont les séquelles restent encore vives aujourd’hui. Tous ces efforts visent donc à mettre du baume aux cœurs des uns et des autres afin de retrouver l’ambiance de cordialité qui a souvent caractérisé la politique béninoise depuis le renouveau démocratique. La saisie spectaculaire des biens contenus dans la maison de M. Ajavon sonne comme une contradiction dans cette marche vers la réconciliation nationale. Tout comme d’ailleurs aussi le maintien de certains acteurs politiques en prison et le non-retour des exilés qui ont pris la clé des champs parce que se sentant menacés par le pouvoir.

Pour panser ces blessures, il est donc important de vaincre les susceptibilités et de mettre l’intérêt national au-dessus de toutes considérations. Les crimes dont sont accusées Blaise Compaoré, assassinats, crimes économiques- sont de loin plus graves que les reproches faits à Sébastien Ajavon et à l’ensemble des hommes politiques aujourd’hui en exil ou en prison. Comme au Burkina Faso le Général Mathieu Kérékou avait, en 1989, appelé tous ses opposants en exil à revenir pour la reconstruction du pays. Parmi ces derniers, il y en a qui avaient été condamnés à mort, comme Me Adrien Houngbédji et l’ancien président Emile Derlin Zinsou. Ces derniers ont, ensuite joué un rôle important dans la stabilisation de la démocratie dans ce pays.

Damien TOLOMISSI

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