Monnaie unique de la CEDEAO : L’Eco, un serpent de mer

 Monnaie unique de la CEDEAO : L’Eco, un serpent de mer

Comme une femme enceinte qui n’accouche jamais, la CEDEAO a de nouveau repoussé pour la 5e fois, le 14 juin à Abuja, la naissance de l’Eco, la monnaie unique des 15 pays membres.

Après des annonces et contre-annonces, la date de lancement de la monnaie unique ouest-africaine vient encore d’être repoussée. La nouvelle est tombée le 14 juin dernier à Abuja au siège de la CEDEAO. Cette fois, le président de la Commission de la CEDEAO, a assuré que l’Eco va entrer en vigueur en 2027. Cette nouvelle échéance s’explique, selon Jean Claude Kassi Brou,  par le fait qu’il est nécessaire de laisser chaque pays membre de remplir les critères de convergence.

Parmi ces critères, la stabilisation des économies nationales. Seulement, selon Kofi Konadu Apraku, Haut-commissaire à la politique macroéconomie et à la recherche de la CEDEAO, par ailleurs ancien ministre du commerce du Ghana, aucun des pays aspirant à l’Eco ne remplit à ce jour les critères de convergence. Et, dans les faits, peu sont-ils qui pourront le faire avant la nouvelle échéance.

Initialement prévue pour 2003, l’avènement de la monnaie unique de l’Afrique de l’ouest a été successivement repoussé pour 2005, 2010, 2014 et 2020. Tous ces reports et le fait que les experts doutent de la capacité des membres à être prêts pour la nouvelle échéance montre qu’il y a des non-dits dans cette marche vers l’Eco. Les pays anglophones dont le Nigéria et le Ghana ne sont pas pressés de voir la nouvelle monnaie voir le jour. Non seulement leurs économies sont en avance par rapport à celles des autres membres. Avec ses 200 millions d’habitants, le Nigéria est la première économie de l’Afrique et plus du double de l’économie de l’ensemble de la CEDEAO.

L’Eco est prévue pour remplacer le Franc CFA, monnaie utilisée par sept pays francophones réunis au sein de l’Union Économique et monétaire ouest-africaine, mais aussi les monnaies nationales des autres membres de l’organisation. Craignant une mainmise déguisée de la France sur l’Eco comme c’est le cas avec le Franc CFA, ces derniers exigent une réelle indépendance financière de la part des Francophones.

Dans le même temps, nombre d’économistes font remarquer que l’Eco n’est pas forcément le levier qui permettra à l’Afrique de l’ouest de décoller. La plupart de ceux qui s’activent pour son avènement ne sont en fait que des idéalistes qui basent leur lutte sur un sentiment anti-français et non sur l’économie réelle. Après tout, la Somalie, le Congo Démocratique et la Guinée ont leur propre monnaie. Pour autant ils sont à la traîne du développement.

Face à tout ceci, les critères de convergence attendus pour enfin célébrer la naissance de l’Eco risquent de se faire attendre pour très longtemps.

Pierre MATCHOUDO

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