Enseignement supérieur: La perception du candidat Talon

 Enseignement supérieur: La perception du candidat Talon

Beaucoup d’enseignants d’université sont mal formés, ils sont laxistes. Il faut donc, en marge du Cames, que l’Etat béninois les évalue. Voici la sentence du président Talon en campagne pour sa réélection, sentence tombée sur le campus d’Abomey Calavi le vendredi 26 mars 2021 et rappelée quelques jours plus tard à l’Université de Parakou. Volonté de provocation ou vérités amères ?

« Pour ce qui concerne l’université générale, ce que j’appelle la connaissance générale, nous allons améliorer vos conditions de vie, mais nous allons également challenger mieux vos enseignants pour vous donner plus de compétences, plus de connaissances, parce que aujourd’hui, il faut l’avouer -je m’excuse pour les enseignants du supérieur qui sont dans la salle- il faut avouer que l’enseignement supérieur n’est pas challengé, que les enseignants du supérieur, pour un grand nombre, sont laxistes, beaucoup sont mal formés eux-mêmes, -oui, j’assume. Beaucoup sont mal formés eux-mêmes et beaucoup font peu d’efforts. Nous allons instaurer, au niveau de l’enseignement supérieur, un dispositif de contrôle…

…C’est les super héros de la connaissance, c’est vrai. Mais faut-il encore que nous soyons sûrs que chacun délivre ce sur quoi il s’est engagé de façon convenable. Et c’est pour ça que nous allons instaurer au niveau du supérieur, un dispositif de contrôle de l’enseignement délivré. Et puis, nous allons également instaurer un dispositif de qualification complémentaire par rapport au Cames.  Il ne suffit pas, pour l’Etat, de déployer les enseignants du supérieur juste parce qu’ils ont franchi, ils ont le sésame du Cames. Et vous les apprenants, vous allez intervenir dans le dispositif d’appréciation des enseignants. »

Voilà en substance comment le président Talon perçoit les enseignants du supérieur. Après avoir déclaré à sa prise de pouvoir en 2016, que le Bénin est un désert de compétence, le chef de l’Etat s’illustre une nouvelle fois dans une attaque en règle contre les intellectuels de son pays. Comme on peut s’y attendre, les propos du candidat à sa propre réélection n’ont pas plu à l’ensemble du corps enseignant qui se voit ainsi dégradé et humilié. Un enseignant évoque la situation en martelant que de sa position, il n’a pas de paramètres d’appréciation.

Bon nombre d’enseignants du supérieur repoussent qu’on apprécie  leurs connaissances si ce ne sont pas les institutions officielles de contrôle qui le font. Car, pour avoir le droit d’enseigner à l’université clament souvent-il il faut avoir étudié au moins 7 ans après le baccalauréat quand bien même certains commencent à assister les professeurs après leur DEA ou Master. En plus d’avoir obtenu le doctorat,   l’enseignant du supérieur doit régulièrement faire des recherches dans son domaine et en publier les résultats dans des revues scientifiques.

En dernier ressort, c’est le Cames (Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur) qui juge des compétences d’un enseignant du supérieur et qui peut décider de l’avancer ou non en grade. Le Cames est un organisme reconnu mondialement et les appréciations qu’il donne font autorité partout dans le monde… sauf désormais au Bénin où il reviendra, selon le programme du candidat Talon, à l’Etat de donner sa propre appréciation.

Le candidat Talon touche du doigt le mal

Fiers de leur parcours, les professeurs d’université détestent que quelqu’un d’autre leur donne des leçons, encore moins que l’on doute de leur savoir et de leurs compétences. La sortie du président Talon en campagne n’est ressentie ni plus ni moins que comme une douche froide. Dans son domaine, le professeur est un maître absolu. Bien des domaines du savoir n’ont d’ailleurs qu’un seul enseignant titulaire. De là, il n’est pas rare d’entendre une minorité de ces détenteurs du savoir clamer devant les étudiants : « après Dieu, c’est moi ». Ce qui ouvre la voie à des abus.

En effet, le lieu du haut savoir qu’est l’université est aussi parfois le lieu d’abus regrettables. Les autorités de l’université de Parakou ont dû d’ailleurs, à un moment donné, taper du poing sur la table en sanctionnant des enseignants dont les abus ont longtemps terrorisé étudiants et surtout étudiantes. Les abus sont possibles en grande partie parce qu’il y a d’un côté un corps enseignant débridé, sans contrôle et, de l’autre côté, des étudiants sans défense. Il est donc pertinent de poser sur la table de discussions la question du suivi du corps professoral pour limiter le pouvoir absolu que celui-ci a sur les apprenants. Combien de filles et de jeunes talentueux n’ont-ils pas dû se résigner à abandonner les études parce qu’ils se sont retrouvés dans le viseur d’un professeur ?

C’est plutôt pour prévenir des abus de ce genre qu’il serait légitime que l’Etat institue un contrôle à l’université. Un tel dispositif permettrait de mettre hors d’état de nuire les brebis galeuses qui ternissent l’image de l’ensemble d’une corporation pleine de compétences internationalement reconnues.

Le candidat Talon promet d’améliorer les conditions de vie des étudiants, ce que ceux-ci ont toujours réclamé à cor et à cri. Au-delà de cette promesse, la responsabilité de l’Etat béninois est aussi de favoriser une plus grande diversification des filières d’enseignement en vue d’offrir plus de possibilités à la jeunesse.

 Pierre MATCHOIUDO

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