Elections législatives de janvier 2023 : Talon sort de nouvelles cartes

 Elections législatives de janvier 2023 : Talon sort de nouvelles cartes

Nominations et libération de prisonniers à tour de bras… le président Patrice Talon abat de nouvelles cartes pour damer le pion à ses adversaires politiques lors des élections législatives de janvier 2023.

Cent vingt-six personnes détenues dans les prisons du Bénin viennent de recouvrer leur liberté. L’arrêté de libération a été signé mardi 16 août dernier par le ministre de la Justice. Condamnés pour diverses raisons au nombre desquelles des crimes économiques, les bénéficiaires de cette mesure étaient jusque-là dans les prisons d’Akpro-Missérété, d’Abomey, d’Abomey-Calavi, de Savalou, de Lokossa, de Porto-Novo et de Cotonou.

S’il ne s’agit donc pas de prisonniers politiques dont les partis d’opposition continuent de réclamer la libération, certains de ce groupe ont eux aussi bénéficié de la grâce présidentielle. Le président de la République avait, dans le cadre de la visite au Bénin du président français, Emmanuel Macron, libéré 30 détenus politiques, ce que des responsables de partis d’opposition ont salué. C’était le 27 juillet dernier.

Quelques jours plus tard, au lendemain de la célébration de l’indépendance le 1er août, le chef de l’Etat avait annoncé qu’il accordait la grâce à 350 prisonniers au nombre desquels plusieurs personnes détenues pour diverses activités politiques.

A travers ces libérations en cascade, le président Talon veut redorer son blason et redonner au Bénin une image de nation démocratique quelque peu écorchée avec l’arrestation d’opposants et le départ à l’exil de plusieurs autres. Mais il est à observer que ces remises de peines se font à quelques mois d’un scrutin qui se veut ouvert et inclusif, contrairement aux autres qui avaient vu plusieurs formations politiques recalées.

Le bénéfice politique est évident, surtout lorsque, d’un autre côté, l’on constate que les nominations de cadres à des postes politiques sont devenues monnaie courante. En effet, ce sont des centaines de personnes qui ont été nommées à divers postes de responsabilité au cours de cette année 2022. Même si nombre de ces nominations n’en sont pas vraiment, les concernés occupant parfois déjà le poste, l’acte administratif a un impact politique important. Ainsi, à travers un arrêté en date du 2 juillet 2022, le ministre en charge de l’enseignement secondaire a procédé à la nomination de plus de 300 responsables dans son département. Quelques semaines plus tard, c’est un grand nombre de cadres qui ont été promus aux ministères de la Justice et de la Santé. En fait, il ne se passe plus quasiment de semaine sans que les noms d’heureux élus soient diffusés dans les médias.

Cette pratique est une nouveauté pour un gouvernement qui, à ses débuts en 2016, refusait de rendre publics les noms de ceux qui bénéficiaient de promotions administratives, en rupture avec ce qui se faisaient lors des mandats des précédents chefs d’Etat.

Vu dans un premier temps comme un simple homme d’affaire s’aventurant en politique, le président Patrice Talon est en train de révéler sa véritable face : celle d’un politicien qui a plus d’un tour dans son sac. Au grand dam de ses adversaires naguère convaincus de le battre si le jeu électoral se faisait de façon transparente.

Sans doute, ces nouvelles cartes ne manqueront pas d’avoir un effet bénéfique pour son camp. Les bénéficiaires de ces diverses mesures –libérations et nominations- ont des familles, des amis et des sympathisants dont certains laisseront tomber la rancœur qu’ils avaient éventuellement vis-à-vis du président Talon.

Pierre MATCHOUDO

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