Régression du Bénin dans le classement 2022 de RSF: A qui la faute?

 Régression du Bénin dans le classement 2022 de RSF: A qui la faute?

Du premier rang en Afrique au fond de la classe, la détérioration de la liberté de presse a été progressive et soutenue durant des 20 dernières années. À qui la faute de cette marche à reculons?

Bénin: 121e sur 180. Voici le résultat qui fait du Bénin un mauvais élève dans le domaine de la liberté de presse. Le classement fait par Reporters Sans Frontières (RSF) a été publié le 2 mai 2022 en prélude à la Journée de la liberté de presse. Vingt ans auparavant, le Bénin occupait la 26e place dans le monde soit 1er en Afrique.

La descente aux enfers s’est faite progressivement. Ainsi, en 2015, alors que le pays avait occupé le 84e rang soit 40 points de moins que cette année, les médias et certains hommes politiques n’avaient pas eus de mots tendres pour  fustiger le pouvoir.

« Les causes d’une telle situation sont directement liées à la qualité de la gouvernance, et au-delà des lois, il y a la personnalité des dirigeants. Il est socialement impossible d’agir de façon délinquante, soutenue dans le temps et de vouloir laisser la parole libre. Le besoin de museler la presse est directement proportionnel au niveau de déchéance des dirigeants. Quelqu’un qui se conduit à peu près bien, peut laisser libre cours aux médias et permettre à des gens de se prononcer sur ce qu’il fait. Mais quelqu’un qui se comporte autrement, éprouve le besoin de museler la presse. Celui-là ne voudrait pas que la presse fasse des reportages sur sa conduite pour révéler la vérité. C’est ma pensée », déclarait un ancien ministre de la communication du général Mathieu Kérékou dans la publication du quotidien Le Matinal du 16 février 2015.

Dans la même publication, des responsables des associations des professionnels des médias enfonçaient le clou et avançaient plusieurs raisons pour expliquer la situation. Parmi celles-ci, l’incapacité de la HAAC (l’organe régulateur des médias) à assurer l’accès équitable aux médias publics. En cause également à cette époque, les contrats de partenariat conclus entre le gouvernement et plusieurs organes de presse. En vertu de ces contrats, les journalistes ne pouvaient plus révéler les dysfonctionnements des ministères et structures étatiques signataires.

A l’époque déjà il y avait pourtant une avancée. Le code de l’information et de la communication en République du Benin avait été adopté, une loi qui avait aboli les peines de prison pour les journalistes.

Sept ans plus tard, pourtant la liberté de presse a reculé d’environ 40 points. En fait, malgré les changements politiques, les mêmes causes demeurent. Pire, le Code de l’information est désormais délaissé au profit du Code du numérique qui, pour sa part, est très liberticide. Détentions préventives, sanctions économiques et emprisonnement: tout est désormais légal. Pire, les journalistes sont traités comme des cybercriminels. Il y a comme un vent de panique qui souffle parmi les professionnels des médias qui, désormais, réfléchissent par deux fois avant d’écrire sur certains sujets.

Mais pour autant, il ne suffit pas de jeter du tort uniquement sur les acteurs politiques. Le déclin de la liberté de presse au Bénin a commencé avec la corruption au sein de la corporation. « Vous êtes libres? Prenez l’argent et taisez-vous ». C’était le code entre les deux partis. Et même dans certains cas, des journalistes ont accepté de biaiser l’information à cause de l’argent. Si cette corruption semble de moins en moins rampante, le mal qui est fait donne le prétexte aux politiques pour prendre toutes les mesures en leur pouvoir pour mettre les médias au pas.

Pierre MATCHOUDO

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