Présidentielle 2021 : Voici pourquoi la pluralité de candidatures arrange le pouvoir

 Présidentielle 2021 : Voici pourquoi la pluralité de candidatures arrange le pouvoir

La CENA

Selon toutes vraisemblances, les tentatives d’embrigadement des élus n’aura pas lieu et, donc, ces derniers pourront parrainer le candidat de leur choix. A l’annonce par la CENA de la procédure de parrainage, une partie des élus représentée notamment par le député Abdoulaye Gounou du Bloc Républicain avait protesté, arguant du fait que l’autorité en charge des élections ne devait donner la liberté à chaque député et à chaque maire de parrainer le candidat de son choix. Les formulaires de parrainage devraient être envoyés aux états-majors des partis, avait-il suggéré au sortir de la rencontre des partis politiques avec la CENA.

Pour sa part, la société civile a réitéré, le 2 octobre dernier, sa demande d’annulation du parrainage, tout au moins pour le prochain scrutin présidentiel pour favoriser une élection inclusive. En effet, seul quasiment le pouvoir en place dispose des élus qualifiés à accorder leur parrainage, à l’exception des FCBE qui comptent six maires alors qu’il en faut 16 au moins. Dans ce contexte, empêcher les élus d’opérer des choix en toute liberté serait donc préparer des contestations avant et après les élections.

A mesure que le scrutin approche, il devient certain que le code électoral ne sera pas modifié. La position de la Cena, est donc un compromis, une solution médiane pour sortir de la crise. Et le gouvernement semble s’être rallié à cette lecture du code électoral. C’est en tout cas ce que laisse penser son porte-parole, le ministre de la Communication Alain Orounla. Le 3 octobre dernier au cours d’un point de presse, il a affirmé que « il n’appartient pas au gouvernement de mettre la pression en vue d’influencer l’orientation de parrainage des élus à l’occasion de l’élection présidentielle de 2021 ».

Le jeu sera donc ouvert pourvu que chaque élu ne soit pas contraint, d’une manière ou d’une autre, dans son choix. En effet, c’est un secret de polichinelle que de révéler que certains parlementaires sont redevables pour la position qu’ils occupent et que d’autres pourraient avoir des dossiers qu’ils n’aimeraient pas voir exhumés.

Même si la société civile et certains partis de l’opposition continuent de demander la mise entre parenthèses du parrainage, la tournure que prend ce système permettra donc une ouverture politique et laisse entrevoir, pour la présidentielle, la possibilité qu’il y ait plusieurs candidats tant de l’opposition que de la mouvance présidentielle.

Ainsi, le président Talon ou son candidat devra se résoudre à faire face à d’autres compétiteurs. Dans l’opinion publique, cela sonne comme une capitulation et une victoire des partis qui réclament une élection inclusive. Mais en réalité, cette ouverture est une bouée qui permettra de sauver le pouvoir d’un naufrage électoral.

Il n’est de secret pour personne qu’une grande partie de l’opinion publique nourrit des ressentiments vis-à-vis de l’actuel locataire de la Marina. Les partisans durs de la Renaissance du Bénin, les admirateurs de Sébastien Ajavon et de l’ancien président Yayi Boni, les caciques des FCBE, les syndicalistes, les citoyens ayant vu leur pouvoir d’achat érodé…  sont quelques groupes d’électeurs qui attendent celui-ci aux urnes.

Face à toute cette meute, avoir deux candidats qualifiés pour l’élection est une manière de se condamner à la déroute électorale. L’ouverture du jeu, en permettant une pluralité de candidats apparait dans ce contexte comme une stratégie de diviser pour régner. En effet, plus il y a de compétiteurs du côté de l’opposition, plus les voix des mécontents seront émiettées. Or, déjà les velléités sont nombreuses de ce côté-là. Au nombre des probables opposants partant pour cette élection figurent Joël Aïvo, Paul Hounkpè, le candidat du nouveau parti Les Démocrates, Moïse Kérékou, Sabi Korogoné… Il y aura aussi sans doute quelques menus fretins qui vont toutefois contribuer à émietter les voix de l’opposition. Au final, le candidat ayant reçu l’aval du chef de l’Etat (si ce n’est lui-même) pourra remporter le scrutin sans grande difficulté.

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