Menaces à la paix: La responsabilité des acteurs

 Menaces à la paix: La responsabilité des acteurs

Il n’est pas besoin d’être un prophète pour dire que le Bénin court un risque, à court terme, de traverser une période de turbulence si les dispositions ne sont pas prises afin de régler les divergences graves nées entre les parties prenantes à l’élection présidentielle d’avril 2021.

L’interpellation, puis l’incarcération de Reckya Madougou a ravivé les tensions suscitées par l’invalidation de la majorité des candidatures à la présidentielle. Désignée pour compétir au nom du parti Les Démocrates, Mme Madougou a été appréhendée le mercredi 3 mars 2021 à l’issue du meeting organisé à Porto-Novo par les forces de l’opposition. Retenue à la Brigade économique et financière, elle fut finalement envoyée à la prison civile de Misséreté. Depuis, les partis d’opposition se sentant exclus du processus électoral n’ont cessé d’exiger sa libération. Sur les réseaux sociaux, cette incarcération a eu pour effet d’exacerber la publication de messages va-t-en-guerre déjà présents dans cet espace public depuis le début des préparatifs pour cette élection.

Anticipant sur les risques d’une élection violente, la communauté internationale à travers l’organisation des Nations-Unies et la CEDEAO, a dépêché des émissaires à Cotonou pour plaider en faveur de la paix sans qu’il soit possible de dire, à l’heure actuelle, si leur appel a été entendu. Il faut dire que les germes de discorde sont présents dans les textes législatifs sur lesquels est basée l’organisation de ce scrutin. La première pomme de discorde étant le système de parrainage institué par la nouvelle constitution adoptée sous l’impulsion de l’actuel président de la République, par ailleurs candidat à sa propre succession. Techniquement, seuls les candidats issus des partis le soutenant pouvaient obtenir des parrains mais au final, ces derniers ont été “gracieusement” offert à deux autres candidats parmi la vingtaine déclarée. Une situation que les exclus ne sont pas prêts à accepter et qui nourrit l’ambiance délétère qui prévaut actuellement dans le pays.

Les élections législatives de 2019 se sont soldées par des batailles rangées entre forces de l’ordre et manifestants mécontents. Toutes les forces politiques avaient alors fini par convenir sur le fait qu’il ne fallait pas qu’une telle situation se reproduise. Au vu de cela, il paraît évident de prêcher la retenue. Les organisations non gouvernementales intervenant sur les questions électorales ont d’ailleurs déjà lancé des messages dans ce sens et plaider pour plus de responsabilité de la part des protagonistes de ce conflit à venir.

Mais au-delà des appels, il est important de faire noter qu’avec le niveau actuel de la tension, seule la paix des braves sauvera le Bénin. Frustrée, l’opposition n’a pas les moyens de proposer un tel dénouement. Il revient donc au gouvernement et à chaque acteur de prôner la paix. Comme l’a dit feu président ivoirien, Félix Houphouet Boigny « La paix n’est pas un vain mot mais un comportement ». Et à Spinoza d’ajouter « La paix n’est pas l’absence de la guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance et de justice ». Pierre MATCHOUDO

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