Le Nigeria en tumulte, le Bénin menacé

 Le Nigeria en tumulte, le Bénin menacé

BUHARI -TALON

La crise que traverse le Nigeria ne sera pas sans conséquences pour le Bénin si elle venait à perdurer.

Longtemps resté silencieux face aux vastes mouvements de protestation qui agitent les villes du pays et plus particulièrement Lagos, le président nigérian s’est finalement adressé à ses compatriotes le 22 octobre dernier. Mais, cette prise de parole longtemps attendue n’a pas calmé la colère des  protestataires qui, au départ, exigeaient la dissolution de l’unité de police spécialisée dans la lutte contre la criminalité. Une unité qui, sous le couvert de la sécurité, s’est octroyée un véritable permis de tuer en toute impunité. Aujourd’hui, les manifestants vont au-delà de leur revendication initiale et exigent des changements profonds dans la gouvernance du pays.

Les manifestations, toujours en cours, donnent lieu à des scènes de pillage dans les grandes villes du pays, ce qui a pour effet de durcir la position des responsables de la police et de l’armée qui sont désormais prêts à tout pour ramener l’ordre et le calme.

S’il y a eu quelques réactions de la part des occidentaux, aucun voisin n’a pris aucune initiative en faveur du retour au calme. Et pourtant, cette situation ne saurait laisser indifférent aucun pays partageant la frontière avec ce grand pays. Un adage devenu populaire ici dit que “quand le Nigéria tousse, le Bénin s’enrhume”.

Plus que tous les autres voisins, le Bénin risque de souffir de l’instabilité qui risque à terme de s’installer au Nigeria. En effet, Cotonou, notre capitale économique et plus grande ville est à seulement une centaine de kilomètres de Lagos, la mégalopole la plus peuplée d’Afrique qui compte plus de 15 millions d’habitants. De même, Ibadan, une autre grande ville nigériane est située à quelques encablures du département du Plateau.

Si la situation continue de se détériorer dans ce pays, c’est une vague, un sunami démographique qui risque de déferler vers le Bénin, proximité géographique et culturelle oblige. Seulement, quelle que soit la volonté politique et les sentiments d’appartenance à un même ensemble culturel, le Bénin, petit pays de 11 millions d’habitants, n’a pas et n’aura pas la capacité de recevoir sur son sol une partie significative des 200 millions de Nigérians. Un afflu massif de réfugiés entraînerait de tels difficultés que l’économie, la sécurité et même la stabilité du pays pourraient être mis en péril.

Une grande partie des Béninois vivent directement ou indirectement des échanges transfrontaliers. Malgré la fermeture officielle des frontières depuis un an, le commerce avec le géant voisin se poursuit allègrément en dehors des grands postes frontaliers. Le carburant, les produits électroniques et de première nécessité ainsi que d’autres biens continuent d’être échangés au grand bonheur des commerçants et des consommateurs.

Les régimes qui se sont succédés depuis l’indépendance du Bénin ont toujours tenu à avoir de bonnes relations avec le Nigeria et souhaité que ce pays soit stable. Au vu de ce qui se passe aujourd’hui, les autorités béninoises ne devraient pas rester indifférentes car le Bénin souffrirait, peut-être plus que les Nigérians eux-mêmes, de l’instabilité politique et économique du Nigéria. Déjà, ce pays est en pleine récession due à la chutte du prix du pétrole, sa principale ressource, mais si la situation venait à se dégrader, plusieurs personnes incapables de subvenir à leurs besoins chercheront à s’installer ailleurs et le Bénin est la porte d’à côté pour la majorité des Nigérian.

Pierre MATCHOUDO

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