Dr Kévin D. Amoussou: «Normalement, la femme perd environ 0,5 litre de sang …»

 Dr Kévin D. Amoussou: «Normalement, la femme perd environ 0,5 litre de sang …»

Nombreuses femmes meurent après l’accouchement suite à des saignements ou hémorragies. Il s’agit des hémorragies du post-partum (juste après l’accouchement) qui sont les plus à risques. Dans cet entretien, Dr Kévin D. Amoussou, Médecin généraliste et Médecin Chef du Centre de Santé d’Agla décortique le sujet. Lisez Plutôt !!!

Expliquez-nous le concept des hémorragies liées à l’accouchement ?

Les saignements excessifs qui surviennent juste après l’expulsion du nouveau-né (dans les 24 heures suivant la naissance) sont appelés hémorragies du post-Partum. Vous pouvez entendre parler également d’hémorragie de la délivrance qui est un concept semblable mais avec des spécificités surtout utiles pour les soignants. Normalement, la femme perd environ 0,5 litre de sang pendant et après un accouchement par voie basse. La perte de sang est due à l’ouverture de certains vaisseaux sanguins lors du décollement du placenta de l’utérus. La césarienne cause quant à elle une perte de sang environ deux fois supérieure à celle d’un accouchement vaginal ; cela est dû en partie au fait que l’accouchement nécessite une incision de l’utérus.

Une perte de sang est considérée comme excessive en présence d’un des éléments suivants dans les 24 heures suivant l’accouchement : La personne perd plus d’un litre de sang, la mère présente des symptômes de perte de sang significative, tels qu’une hypotension, une accélération du rythme cardiaque des, des étourdissements, des vertiges, une fatigue et une faiblesse intense.

Il est à noter qu’une hémorragie excessive peut se produire également beaucoup plus tard, jusqu’à 1 mois après.

Quelles sont les causes d’une hémorragie du post-partum  

La cause principale d’un saignement excessif pendant l’accouchement est L’atonie utérine. Normalement après l’expulsion du bébé, l’utérus se contracte fortement pour fermer les brèches responsables du saignement lié à l’accouchement. Dans le cas d’une atonie utérine, l’utérus ne commence pas à se contracter après l’accouchement, mais reste lâche et distendu. Lorsque l’utérus ne se contracte pas après l’accouchement, les vaisseaux sanguins qui se sont ouverts lors du décollement placentaire continuent à saigner donnant ainsi l’hémorragie.

Dans quelles situations, les contractions peuvent manquer

Lorsque l’utérus a été trop distendu, par exemple en raison d’un excès de liquide amniotique dans la cavité utérine (on parle d’hydramnios), par la présence de plusieurs fœtus (jumeaux ou triplés ou plus) ou d’un très gros fœtus (plus de 4 Kg) ; Lorsque le travail s’est prolongé (un travail d’accouchement dure sur toutes ses phases 12h en moyenne) ; ou a été anormal ou rapide (attention ici aux tisanes et autres préparations dites miraculeuses données pour accélérer le travail d’accouchement) ; Lorsqu’une femme a eu cinq bébés ou plus (on parle de grande multiparité) ; En cas d’infection des membranes qui entourent le fœtus (infection intra-amniotique).  Une hémorragie excessive peut aussi survenir dans les situations suivantes : En cas de déchirure du vagin ou du col de l’utérus durant l’accouchement ;  Lorsque l’incision réalisée pendant une épisiotomie est trop longue ; En cas de trouble hémorragique chez la femme interférant avec la coagulation ou d’infection intra-amniotique entraînant une infection utérine (endométrite) ; Lorsqu’un morceau du placenta reste à l’intérieur de l’utérus après la délivrance ; Dans de rares cas, lorsque l’utérus se déchire ou est à l’envers (inversé). La présence de fibromes dans l’utérus peut aussi majorer le risque.

Dites-nous les signes d’une hémorragie du post-partum ?

Les symptômes sont les mêmes qu’en cas de n’importe quelle autre hémorragie massive. La patiente peut remarquer que la couche ou souris vaginale qu’elle porte se mouille trop fréquemment, ou que la quantité de sang expulsée est trop importante. La patiente sera pâle, avec un rythme cardiaque élevé. Elle peut ressentir des difficultés respiratoires, vertiges, et peut même perdre connaissance.

Au cours d’un accouchement, quels sont les moyens dont dispose le personnel soignant pour identifier les hémorragies du post-partum ?

Après l’accouchement la mère doit être surveillée en salle de naissance puis dans sa salle d’hospitalisation sur plusieurs heures avec prise régulière de la Tension artérielle, de la fréquence cardiaque et toutes les autres constantes vitales qui si elles sont anormales alertent sur la présence d’un saignement excessif. Aussi faut-il le souligner, les soignants vérifient la quantité de sang sorti par le vagin et la qualité de la contraction de l’utérus.

Comment soigne-t-on une hémorragie du post-partum ?

L’urgence est d’arrêter le saignement et corriger les troubles liés à la perte brutale et massive de sang. Ainsi, en fonction de la cause identifiée, les soignants vont prendre la décision idoine pour arrêter le saignement, il peut s’agir de l’administration de certaines injections pour renforcer la contraction de l’utérus couplée à un massage utérin ou d’une révision utérine (on enlève les débris de placenta restés dans l’utérus), ou d’une opération chirurgicale. Pour corriger les troubles liés à la perte de sang, les soignants peuvent faire une perfusion de solutés et/ou une transfusion de produits sanguins.

Quels conseils pouvez-vous donner aux femmes enceintes pour éviter la survenue des hémorragies du post-Partum ?

Le premier conseil est qu’il faut suivre sa grossesse chez une sage-femme, un médecin généraliste ou un Gynécologue-obstétricien. Il est nécessaire d’effectuer une visite de suivi au moins une fois par mois jusqu’à l’accouchement. Ces visites permettent aux professionnels de santé d’identifier les facteurs de risques présents chez vous et pouvant favoriser les hémorragies du post-partum et ainsi prendre les mesures nécessaires avant l’accouchement. Aussi j’exhorte les femmes à accoucher dans les centres de santé ou cliniques ou hôpital sous la surveillance d’un agent de santé qualifié. Ensuite il faut éviter de prendre toute médication destinée à accélérer ou faciliter le travail d’accouchement.

Votre mot de fin

Les hémorragies du post-Partum constituent une cause importante de mortalité maternelle et pour y remédier nous devons avoir le réflexe de faire suivre la grossesse et accoucher en milieu de soin.

La Rédaction

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