9ème législature : Le poids du parti « Les Démocrates »

 9ème législature : Le poids du parti « Les Démocrates »

Absente de la 8e Législature, l’opposition béninoise signe son retour au parlement avec Les Démocrates (LD). Selon les résultats publiés par la Cour Constitutionnelle et en attendant les recours, le parti de Éric Houndété a obtenu 28 députés de la représentation nationale. Le credo des membres de l’opposition, notamment l’aile dure de cette opposition à la gouvernance de Patrice Talon, est de, non seulement conquérir le parlement, mais aussi et surtout de le contrôler. Hors du circuit en 2019, elle a toujours nourri l’intention de remettre en cause certaines lois jugées trop restrictives des libertés politiques. Mais avec ce résultat obtenu, beaucoup de personnes se demandent si les LD vont atteindre cet objectif.

Avec 28 députés sur 109 soit 25% de la représentation nationale, les démocrates sont loin de réunir le quota nécessaire pour influencer les lois votées. Aussi, des analystes disent qu’ils seront incapables de mettre en difficulté l’exécutif à l’heure des ratifications de certains accords de prêts ou autres.

Dans ce contexte où la mouvance reste toujours majoritaire, quelle marge de manœuvre détiennent les démocrates alors qu’ils seront minoritaires ? Qu’est-ce qu’ils pourront changer en trois ans ? « Sachant que leurs arguments de campagne tournaient autour du renversement du système en place depuis 2016 et que l’engagement auprès des électeurs allait dans ce sens, on peut constater que Éric Houndété et ses camarades sont pris entre l’étau des promesses de campagne et l’enclume de la réalité du terrain politique », soutient un adversaire politique des opposants.

Conformément à la loi 2019-43 du 15 novembre 2019, le Conseil Electoral, l’une des deux nouvelles structures de la CENA est composée de cinq (05) membres dont un (01) représentant de la majorité parlementaire, un (01) représentant de la minorité parlementaire, un (01) représentant du chef de l’Etat, un (01) représentant du chef de file de l’opposition et un (01) magistrat, en activité ou non, désigné par ses pairs en assemblée générale précise l’article 20 du Code électoral. Suivant les textes réglementaires actuellement en vigueur, LD ne peut pas intégrer le Conseil Électoral étant donné que l’équipe actuelle a prêté serment en 2021. Donc, même si le patron du parti Les Démocrates Éric Houndété, prend le lead de l’opposition en devenant son chef de file, il faut attendre le prochain Conseil électoral qui prendra place dès 2026 pour voir son écurie politique avoir droit au chapitre à ce niveau. N’empêche, le parti aura son mot à dire au sein de l’Hémicycle.

Que peut faire l’opposition alors ?

Tout n’est pas cuit pour les membres de l’opposition politique au Bénin comme peuvent le penser certains. Celle-ci a encore des marges de manœuvre et des tours de vis pour serrer la mouvance présidentielle, quoique majoritaire à l’Assemblée. Aucune modification constitutionnelle ne peut intervenir sans leur accord. En l’état actuel des choses, ils sont incontournables dans le processus. En ce sens qu’il suffit du cinquième des députés pour empêcher la modification de la constitution et de l’adhésion des 4/5 des élus parlementaires pour voter les lois organiques. Ici, le 1/5 des 109 correspond à 22 députés pour empêcher la révision de la constitution. LD dépasse ce quota car disposant 28 d’après les résultats définitifs donnés par la Cour Constitutionnelle le 12 janvier 2023.

L’autre atout dont les LD peuvent se vanter est leur importance dans le vote des lois organiques. Il faudra 4/5 députés soit 88 pour faire passer une loi organique. La mouvance n’en compte que 81 donc aura un déficit de sept (07) au moment opportun. Ces sept voix seront recherchées dans le camp de l’opposition. Dans ces cas, ils pourront profiter des occasions qui leurs seront offertes pour négocier et obtenir quelques avantages ailleurs.

2026, année électorale charnière

L’autre échéance qu’il ne faut pas perdre de vue est l’année électorale qui pointe à l’horizon 2026.  Elle marquera la fin des deux mandats constitutionnels de l’actuel président de la République. Patrice Talon va en effet boucler ses dix années passées au pouvoir et la course pour sa succession sera ainsi lancée. Connaissant les envies des uns et des autres et les exigences du code électoral où il n’est pas permis de toucher aux lois relatives au code électoral à moins de six mois de la date du scrutin au Bénin, cette mandature constitue donc celle qui décidera du sort de la présidentielle du 12 Avril 2026 (1er tour de l’élection présidentielle). Ceci dans la mesure où il faudra parrainer les candidats. Ces parrains ne seront autres que les élus municipaux et députés issus des élections législatives, communales et municipales couplées du 11 janvier 2026.  

Les enjeux de cette 9è législature ne sont donc pas des moindres pour les avertis de la chose politique au Bénin. Ce qui est certain, les uns et les autres, notamment les LD, chercheront à peser dans la balance pour l’orchestration d’éventuelles modifications des lois qui serviront aux élections en 2026, année électorale majeure, qui sans doute marquera l’avènement d’une nouvelle ère politique.

Mais nous sommes en politique, et comme beaucoup peuvent en douter, l’argent, les intérêts particuliers et les intrigues politiques règnent comme maîtres dans cette arène où c’est ‘’no pity in business’’ les leaders du parti de l’opposition devront tout faire pour canaliser et maîtriser les envies et les élans.

La Rédaction

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