Vie des partis politiques au Bénin : Les Démocrates et le fameux récépissé

 Vie des partis politiques au Bénin : Les Démocrates et le fameux récépissé

Les Démocrates

Alors que le parti Les Démocrates attendait avec impatience la réponse du ministère suite à sa demande de reconnaissance officielle, c’est plutôt une demande de complément d’informations qu’il a reçu ce 22 septembre. Entre autres raisons de non-délivrance du récépissé attestant la conformité de cette formation à la charte des partis, le ministère de l’Intérieur fait observer que 13 membres fondateurs n’auraient pas démissionné de leur précédent parti et que le procès-verbal de l’Assemblée générale constitutive du parti serait faux.

Pierre MATCHOUDO

Les enjeux autour de ce dossier sont importants au point de justifier le suspense. Parti d’envergure nationale, ‘Les Démocrates’ risquent de perturber l’équilibre politique actuel, et donc l’issue de l’élection présidentielle d’avril 2021 s’ils venaient à obtenir leur récépissé et, par la suite, le quitus pour présenter un candidat à ce scrutin. Constitué d’anciens députés, d’anciens ministres et élus communaux, ce parti est constitué autour de l’ex-chef de l’Etat Yayi Boni qui continue d’être populaire auprès d’une bonne partie de la population.

‘Les Démocrates’ sont donc un concurrent de taille de par leur capacité de mobilisation des électeurs. Ils le sont d’abord pour l’actuel occupant du Palais de la République, un ancien allié qui a eu mailles à partir avec son prédécesseur. Accorder le récépissé à ce parti, c’est donc accepter de jouer une partie de poker à l’issue incertaine d’autant plus que, si sur la question des infrastructures, le régime de la Rupture est en train de séduire dans des villes grâce au bitumage des rues, il reste néanmoins beaucoup de sujets d’insatisfaction au sein des électeurs. Parmi ceux-ci, la question sociale, les familles qui ont vu leurs membres soit emprisonnés ou exilés et la peur de perdre son emploi ressentie même par les agents permanents de l’Etat.

Les Démocrates, une menace pour les FCBE

‘Les Démocrates’ sont aussi une menace pour leurs propres anciens camarades FCBE, le parti duquel, ils ont démissionné pour se reconstituer en une nouvelle formation politique. Seul parti d’opposition ayant obtenu des élus aux dernières communales, les FCBE représentent pour l’heure la seule alternative officielle. Arguant de cela grâce à la poignée de mairies conquises, Paul Hounkpê, premier responsable de ce parti, se voit déjà en chef de l’opposition avec tous les avantages liés à ce statut. Le président Talon a récemment signé un décret rendant effectif le financement des partis pour la somme de 1,5 milliards de francs CFA. Devront bénéficier de cette manne les partis politiques ayant atteint une certaine performance aux dernières élections, soit trois dont les FCBE en tant que parti d’opposition. Les FCBE ne verraient donc pas d’un bon œil l’arrivée d’un nouvel acteur qui perturberait l’équilibre actuel. 

Le parrainage, l’équation difficile pour Les Démocrates

Quoi qu’il en soit, ‘Les Démocrates’ sont à pied d’œuvre pour satisfaire les exigences du ministère de l’intérieur. Mais même si l’issue leur est favorable et qu’ils obtiennent le fameux sésame, ils auront encore du chemin pour parvenir à leur but, celui de présenter leur propre candidat à l’élection présidentielle. Selon le code électoral, il leur faudra le parrainage d’au moins 16 élus, députés ou maires, pour briguer ce scrutin. Ce qui semble impossible dans la mesure où ils n’ont pris part à aucune élection. Eric Houndété, le président de ce nouveau parti, se dit convaincu que cette mesure sera levée pour favoriser une élection inclusive. Une certitude battue en brèche par certains parlementaires  qui martèlent que la question du parrainage ne sera pas revue avant la prochaine présidentielle. L’avenir proche reste donc sombre pour ce nouvel acteur de l’arène politique béninoise. L’option qu’il lui reste, après avoir obtenu la reconnaissance officielle, est sans doute de négocier avec des individualités parmi les 77 maires et 83 députés tout en espérant qu’au moins 16 osent braver le mot d’ordre de leur parti

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