Refus des pièces de monnaie «gâtées» et billets de banque «froissés» : Une pratique à la peau dure

 Refus des pièces de monnaie «gâtées» et billets de banque «froissés» : Une pratique à la peau dure

Le communiqué du Ministère de l’Economie et des Finances à propos de l’interdiction de refus des pièces usées et billets froissés ressemble à de l’eau sur le dos du canard aux yeux des bonnes dames, commerçantes et commerçants. Ils n’en ont cure. Ils continuent de refuser ces pièces et billets comme si de rien n’était. La Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) vient d’effectuer encore un rappel à l’ordre.

Elle réaffirme qu’en vertu des textes en vigueur, ces billets et pièces doivent être « obligatoirement acceptés comme moyens de paiement dans les transactions entre les agents économiques, notamment par les vendeurs de biens et services et les créanciers ». Tout refus d’acceptation « d’un billet ou d’une pièce ayant cours légal et pouvoir libératoire dans un Etat membre de l’UEMOA constitue une infraction sanctionnée par les textes en vigueur ». Par ailleurs, la Banque Centrale rappelle au public que les billets mutilés ou déchirés ainsi que les pièces de monnaie lisses ou altérées peuvent être échangés à ses guichets.

Malheureusement cette pratique de refus des billets et pièces est ancrée dans l’habitude de la population béninoise.  A Akpakpa la dernière fois, une bagarre a failli éclater à cause de cette pratique aussi vieille que la lune. Une vendeuse d’atassi venait de refuser une pièce de 200 francs CFA que luia tendu un jeune homme. « Hé! Change moi l’argent c’est gâté » avança la vendeuse. « Gâté? Interrogea le jeune homme avant d’ajouter tu as fabriqué l’argent une fois? C’est la seule pièce qui me reste en poche : « Si tu veux viens m’éventrer pour récupérer ton riz ohhh. D’ailleurs ils ont interdire de refuser l’argent maintenant ».  Et C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. « Va acheter chez celui qui a dit ça »rétorqua la bonne dame qui ceint son pagne et s’apprêta à se jeter sur son interlocuteur. N’eût été la prompte réaction des conducteurs de taxi-moto communément appelés zémidjan, la scène allait virer au drame. Ces genres de scène sont légions dans les rues de Cotonou et dans bien d’autres localités du pays. Si ce n’est pas un zémidjan qui refuse d’accepter une pièce qu’il juge gâtée, c’est un acheteur qui trouve que la pièce qui lui a été remise en guise de reliquat est abîmée.

Nombreux sont ceux qui, évitant ces bisbilles, ont du mal à échanger dans ces circonstances. Tu peux avoir de l’argent en main et dormir à jeun. Tu peux avoir de l’argent en main et aller au boulot en retard. Juste parce que la revendeuse ou le conducteur de Taxi-moto estime que ton billet est froissé ou scotché. D’autres refusent catégoriquement les pièces de 250 f CFA sous prétexte qu’elle n’est plus d’usage. Il est également difficile d’utiliser les pièces de 5, 10 ou 25f CFA de nos jours. Qu’elles soient neuves ou pas, plusieurs revendeuses et commerçantes pointent comme opinions que ces pièces seraient dédiées aux fétiches. Des arguments farfelus et infondés, explique le communiqué du Ministère de l’Economie et des Finances. « Je voudrais rassurer les populations qu’aucune pièce de monnaie n’est dédiée à une divinité et que les pièces dites « lisses » ou ayant perdu leur éclat ainsi que les billets de banque qualifiés de « froissés » ont toujours cours légal et pouvoir libératoire sur toute l’étendue du territoire national et dans tous les pays de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA) » a rectifié, il y a quelques semaines Hermann Orou Takou, Directeur de cabinet du Ministre de l’Economie et des Finances, signataire du courrier. Le communiqué a surtout précisé que le « refus de recevoir la monnaie ayant cours l’égal dans un État membre de l’UMOA est puni par les textes en vigueur ». « Les populations qui détiennent ces pièces de monnaie mutilées ou devenues lisses ainsi que les billets de banque froissés, ont la possibilité la possibilité de les changer gratuitement dans les guichets de la BCEAO ». Sur le terrain, la veille de l’application de cette décision semble ne pas être pour demain. En tout cas, les revendeuses ne sont pas prêtes à assimiler le communiqué du Ministère de l’Economie et des Finances ni celui de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)  Elles continuent de faire à leur guise. Il va falloir passer à la sanction pour discipliner les uns et les autres.

Arnaud ACAKPO (Coll)

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