Présidentielles de 2020 au Niger : Hama Amadou, l’épine dans le pied de Issoufou ?

 Présidentielles de 2020 au Niger : Hama Amadou, l’épine dans le pied de Issoufou ?

Près de quatre ans d’exil. Gracié en mars dernier alors qu’il affaire de trafic de bébés après son retour au pays en novembre 2019, le principal opposant nigérien, Hama Amadou est purgeait une peine d’un an d’emprisonnement pour un candidat aux prochaines élections de décembre 2020. Un choix de son parti politique, Mouvement démocratique nigérien (Moden), principale formation d’opposition nigérienne.

Damien TOLOMISSI

Succéder à son meilleur ennemi au soir des élections présidentielles de 2020. Tel est le vœu cher de l’homme fort de l’opposition nigérienne, Hama Amadou. Très serein, l’ancien président de l’Assemblée Nationale nigérienne n’a point de doute sur sa victoire si le jeu démocratique est fait.  En retrait depuis sa sortie de prison en mars dernier, l’ancien président de l’Assemblée nationale a effectué son grand retour sur la scène politique le samedi 29 août 2020. C’était au cours de la cérémonie d’investiture, du candidat du parti AMEN Amine, Omar Hamidou aux prochaines élections présidentielles de décembre 2020.  « Depuis que je suis de retour d’exil, vous l’avez remarqué, je n’ai participé à aucun événement politique majeur public. C’est la première fois, parce que c’est votre investiture, que j’ai décidé de venir vous marquer ma fraternité et mon soutien », a-il-déclaré lors de sa prise de parole. Pour Hama Amadou, la lutte pour le pouvoir n’est pas seulement celle de l’opposition « mais celui de l’ensemble des nigériens car tout le monde souffre de la situation actuelle et pas seulement l’opposition » avant d’appeler les forces de l’opposition à la mobilisation « Nous sommes à quelques mois des élections, c’est le moment de sortir et de parler, d’exiger et de revendiquer, de se battre pour que le droit et la vérité s’imposent ». Croyant à un véritable changement de pouvoir, il a su par le choix des mots sonner le vrai début d’une campagne qui s’annonce très, très rude. « Les partis de la mouvance présidentielle ont soutenu pendant presque dix ans le régime actuel qui dirige le Niger. (…) Ils ont perdu même leur identité ; ils ont perdu le droit d’avoir une opinion. Mais ils peuvent retrouver l’essentiel. Parce qu’aujourd’hui, ils peuvent également se joindre à la bataille pour la rupture. Notre pays a besoin d’alternance ; nous devons faire l’alternance, ensemble, l’opposition et les partis de la mouvance présidentielle qui ne sont pas encore totalement noyés. »

Amadou risque du rejet de sa candidature

Après avoir passé huit mois et quatorze jours à la maison d’arrêt de Filingué, un séjour entrecoupé de deux évacuations sanitaires en France, puis gracié en mars 2020, certaines langues annoncent déjà le rejet de la candidature de Hama Amadou. Selon le constitutionnaliste nigérien, Amadou Boubacar Hassane, lors d’une interview à DW en mars dernier a expliqué que la grâce ne réduit que la durée de la peine. « Cette remise gracieuse ne signifie pas le recouvrement par Hama Amadou de son droit civique, en particulier le droit d’éligibilité conformément à l’article 8 du code électoral, tant qu’il n’a pas fait objet d’une réhabilitation en bonne et due forme. Hama Amadou qui vient de bénéficier de la grâce présidentielle ne pourrait pas se présenter aux élections présidentielles », a-t-il souligné. Mais pour les militants du Mouvement démocratique nigérien (Moden), leur candidat sera bel et bien en course.

Le président Issoufou, l’épine dans le pied de Hamadou ? Entre le président Mahamadou Issoufou et son ancien allié devenu son plus grand rival depuis quelques années, plus rien ne va. La question qui taraude les esprits de bon nombre de personnes à quelques mois de cette grande échéance présidentielle : le président Issoufou peut-il- laisser le pouvoir dans la main de Amadou ? Tout est possible en politique.  Mais ici l’équation semble vraiment être compliquée. Et pour cause, la première équation pour Amadou sera d’abord la validation de sa candidature par le juge électoral.  La seconde serait de rallier à sa cause le plus grand nombre de suffrages universels. Ce qui est certain, le chef de file de l’opposition nigérienne, d’après un de ses proches « sait très bien qu’il n’est pas en terrain conquis », nous a-t-il confié tout en précisant « Le président Hama Amadou est aussi un stratège. Faiseur de roi à la présidentielle de mars 2011 avec sa formation politique (Moden FA Lumana), il est plus que jamais bien positionné si les jeux de couloir ne plombent pas effectivement sa candidature ».

1 vues

Articles similaires