Partis politiques et transhumance: Rien n’a changé

 Partis politiques et transhumance: Rien n’a changé

Malgré la réforme du système partisan, la question de la transhumance politique reste entière.

Depuis la fin du processus électoral ayant conduit à la réélection du président Patrice Talon à la tête du pays en mai 2021, le microcosme politique est agité par une épidémie de démissions des membres à divers niveaux des partis politiques. Bloc Républicain, l’Union Progressiste et Moele-Bénin en ont chacun eu sa dose avec des départs individuels et collectifs fracassants. La plupart des démissionnaires ont subitement réalisé que les responsables gèrent mal les formations politiques dont ils sont membres.

Depuis le renouveau démocratique en 1990, les militants et leaders de second rang des partis ont souvent facilement tourné le dos à leurs partis pour d’autres formations. Les départs se font généralement soit à l’approche des élections soit au lendemain des nominations à des postes politiques et administratifs au sein de l’appareil d’Etat. Les raisons invoquées, hier comme aujourd’hui, sont les mêmes : manque de considération, gestion opaque… Mais en réalité, c’est l’espoir déçu d’être nommé qui est le véritable motif du divorce d’avec les camarades du parti. Tandis que la plupart des déçus vont rejoindre d’autres formations, d’autres créent leur propre parti avec, de nouveau, l’espoir d’être enfin nommé.

Pour mettre de l’ordre dans les rangs des partis, le président Talon a initié une réforme, matérialisée par la loi N°2018 – 23 du 17 septembre 2018 portant charte des partis politiques en République du Bénin. Cette initiative a eu le mérite de réduire drastiquement le nombre des partis qui, par la même occasion, ne peuvent plus être créés sur un simple claquement de doigts. Désormais en effet, il faut constituer un dossier administratif qui doit être minutieusement étudié par le Ministère de l’Intérieur avec une issue incertaine. Et depuis, nombre de candidats se sont buttés aux nouvelles exigences et, par conséquent, ils se sont vus refuser le certificat de conformité, une sorte d’acte de naissance de leur parti.

Du coup, seule une poignée de formations est désormais reconnue par le Ministère de l’Intérieur, ce qui constitue une véritable éclaircie. Egalement, il n’est plus possible à un seul individu de créer son parti et d’en être ainsi le tout-puissant président-fondateur. Désormais, la Nouvelle charte stipule que pour créer un parti, il faut désormais, non pas uniquement un membre fondateur, mais plutôt au moins 1155 membres fondateurs repartis sur l’ensemble du pays. Ç’en est donc fini-en théorie- avec la gestion solitaire et clanique qui est souvent source de frustrations et de démissions tous azimuts.

Mais, malheureusement, toutes ces innovations n’empêchent pas des personnalités plus nanties d’avoir une grande emprise sur les finances des parties, et donc d’avoir une voix prépondérante tant il est évident que c’est celui qui a l’argent qui a le dernier mot. La question de la gouvernance reste donc entière.

L’autre point faible de la réforme des partis est le fait que celle-ci est restée silencieuse sur la question de la transhumance politique. Un silence qui laisse conclure que le mal perdurera encore malgré la condamnation unanime de l’opinion politique. Malgré les nouvelles dispositions, aucun parti politique n’est fondé sur une base idéologique. Les seuls facteurs qui soudent les membres est leur attachement à une personnalité ou l’espoir de voir leur situation financière améliorée.

Pierre MATCHOUDO

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