Lutte contre les avortements clandestins: La nouvelle bataille de COJAS Bénin

 Lutte contre les avortements clandestins: La nouvelle bataille de COJAS Bénin

La Coalition des Organisations de jeunes pour l’Avortement Sécurisé au Bénin (COJAS) qui regroupe les associations de jeunes et de femmes qui interviennent dans le domaine de Santé Droits Sexuels et Reproductifs pour adolescents et jeunes a dévoilé en présence des hommes des médias ce mercredi 3 août 2022, son nouveau projet. Il s’agit du projet « Djro Tché » qui signifie mon choix, ma volonté pour lutter contre les avortements compliqués et non sécurisés.

Au Bénin, l’interruption volontaire de grossesse est un sujet tabou sous nos cieux. Les statistiques sont alarmantes. Plus de 200 femmes décèdent en silence chaque année des suites d’avortements compliqués et non sécurisés. L’accroissement de l’utilisation des méthodes contraceptives modernes n’a pas supprimé le besoin des services d’avortement. Le contexte légal de 2003 n’a pas permis d’améliorer les indicateurs des cibles 3.1, 3.2, 3.7 de l’ODD 3 et 5.6 de l’ODD 5.En effet, selon le rapport de Mortalité Maternel Néonatal 2018-2022, 200 femmes meurent au Bénin pour cause d’avortement clandestin, le TMM est de 391/100 M naissances vivantes, 1500 femmes meurent au Bénin en voulant donner la vie. De même, selon l’EDS 2017-2018, l’avortement est la 3è cause de décès de femmes au Bénin après les hémorragies et l’éclampsie.

Selon le constat fait par la COJAS Bénin, d’après la présidente de la commission de cette coalition, les femmes béninoises n’accèdent pas facilement aux services d’avortement sécurisé. « Malgré le vote de la loi modifiant et complétant la loi SR2003 portant sur la SSR qui assouplit et élargit les conditions d’accès aux services sécurisés d’avortement, la stigmatisation et la discrimination à l’endroit des jeunes ayant eu recours aux services continue de sévir. Les demandeuses du service sont confrontées principalement à des contraintes religieuses, de normes sociales avec un environnement stigmatisant tant au niveau communautaire qu’au  niveau de l’offre des services », a déclaré Déborah Alima. Pourtant ajoute-t-elle : « L’objectif visé par le Gouvernement à travers cette loi modificative est de sécuriser et encadrer la pratique de l’interruption volontaire de grossesse. En d’autres termes, il s’agit concrètement de permettre à la femme à avoir recours à une IVG pour des raisons précisées par la loi, de le faire dans des conditions qui préservent sa vie. Au-delà de la protection de la santé de la femme qui manifeste le désir d’avorter, c’est toute une batterie de mesures qui est envisagée pour encadrer la pratique qui restera dans tous les cas, un ultime recours ». Des mois après l’adoption de cette loi, explique-t-elle, « elle semble être incomprise par les communautés et renforce les stigmates. Entre les poids de la religion ; les mœurs et coutumes, la COJAS dans sa dynamique juge nécessaire de ramener le débat au niveau communautaire et renforcer les échanges entre les leaders communautaires et les jeunes sur la question de l’IVG ».

Si rien n’est fait face à cette situation, malgré les avancées du cadre légal, souligne Elvis Seriki, Secrétaire exécutif de la COJAS Bénin les filles et les femmes continueront de recourir aux services d’avortements pratiqués « dans des conditions alarmantes et dangereuses avec des conséquences dramatiques. Alors que la stigmatisation liée à l’avortement conduit beaucoup de femmes au suicide ».

C’est pour ce faire que « le projet « Djro Tché » avec le soutien financier du Fond Mondial pour les Femmes est initié pour contribuer à la réduction de la stigmatisation liée aux services d’avortement sécurisé chez les jeunes de 15-24 ans dans les communes de Zogbodomey et de Parakou », justifie-t-il. « Nous pensons que la femme qui a besoin d’un service d’avortement sécurisé doit se rendre dans un centre de santé qualifié, disposant du plateau technique adéquat. Mettre un enfant au monde devrait être un choix et non une contrainte.  L’accès aux services d’avortement sécurisé est aussi un droit humain », indique-t-il.

Objectifs de ce projet

D’après Pyrhusse Sagbohan membre du COJAS, plusieurs objectifs sous-tendent ce projet. Contribuer à la réduction de la stigmatisation liée aux services d’avortement sécurisé chez les jeunes de 15-24 ans dans les communes de Zogbodomey et de Parakou. Renforcer non seulement  l’engagement des leaders communautaires et des jeunes contre la stigmatisation liée aux services d’avortement sécurisé chez les jeunes à travers des sessions de CCSC mais également les connaissances des jeunes sur le droit à l’avortement sécurisé dans les limites de la loi au Bénin. Elle a profité pour préciser que la COJAS ne fait pas la promotion de l’avortement. « La COJAS travail pour que les populations notamment les jeunes s’approprient la loi modificative SR2003 afin d’éliminer les décès maternels évitable relatif à l’IVG. Précisément dans ce projet, nous travaillerons avec les leaders religieux ; communautaires ; et les jeunes afin de déconstruire les préjugés et les stéréotypes néfaste qui renforcent les stigmatisations et favorisent la clandestinité du phénomène de l’IVG ce qui amplifient les décès liés à l’IVG ».

Tout savoir sur COJAS Bénin

A en croire Urbain Ahouangbasso, chef projet, la COJAS regroupe jusqu’à 12 organisations et près d’une dizaine d’activistes (Personnes Physiques) pro-choix. Notre Mission, dira-t-il est « d’œuvrer pour une société béninoise où les femmes qui le décident peuvent avoir accès à des services d’avortements sécurisés sans stigmatisation dans les conditions prévues par la loi ». Pour ce faire indique-t-il « Nous travaillons au renforcement de la coordination et synergie d’actions pour lever les barrières liées à l’accès aux services de SR et à l’avortement sécurisé de façon particulière au Bénin ».

A noter que ce projet dura dix mois.

Patrice ADJAHO

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