Législatives 2023/Grandes Tendances: Talon fin tacticien

 Législatives 2023/Grandes Tendances: Talon fin tacticien

Pour les premières élections inclusives, libres et transparentes organisées depuis son arrivée au pouvoir en 2016, le président Talon par l’entremise de ces deux grands partis a pris le dessus sur l’opposition. Selon les chiffres provisoires donnés par la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA), le parti Union Progressiste le Renouveau est la première formation politique avec 53 sièges, suivie du Bloc Républicain 28 sièges et de Les Démocrates 28 sièges.

Des résultats provisoires qui confortent le président Talon. Le Chef de l’Etat au regard des chiffres rendus publics peut bien bomber désormais le torse d’avoir présenté un bilan plutôt positif dans bien des secteurs de la vie nationale après ses sept ans de gestion du pouvoir.  Ainsi, au plan social, le gouvernement a consenti à relever  le taux du salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig), une mesure qui a également touché l’ensemble des fonctionnaires et des retraités à des degrés divers. L’annonce de ce « cadeau » avait d’ailleurs été faite quelques jours avant le début de la campagne électorale, ce qui était censé impacter le résultat.

Dans le secteur rural, les 7 dernières années ont vu le Bénin devenir l’un des premiers producteurs de coton en Afrique. C’est aussi au cours de cette période que de nouvelles filières agricoles, comme le soja, ont connu leur envol. Dans le même temps, alors que son prédécesseur Yayi Boni a préféré faire construire des routes interurbaines, le président Talon a, pour sa part, concentré ses réalisations dans les plus grandes villes où l’impact est immédiatement visible par le plus grand nombre. Et dans ce sens, il a donné un nouveau visage à ces villes, notamment celles du sud du Bénin comme Cotonou, Porto-Novo, Abomey Calavi et Ouidah.

D’un autre côté, le chef de l’Etat peut se réjouir des indicateurs macro-économiques que les institutions de Bretton Woods trouvent plutôt positifs et qui augmentent la crédibilité du Bénin sur les marchés financiers internationaux.

Patrice Talon qui était déjà grand acteur économique à la fin du quinquennat du président Nicéphore Soglo en 2016 aurait certainement appris de l’échec de ce dernier à se faire élire pour un second mandat. Comme lui, Soglo a redressé une économie en déliquescence. Il avait réalisé les premières grandes infrastructures routières, notamment en faisant paver un grand nombre de rues. Avant lui, Cotonou avait l’aspect d’un gros village avec peu de routes carrossables. Mais à la différence que le chantre de la Rupture a su bien mettre en place sa stratégie. L’homme a démontré une fois qu’il est un fin tacticien qui sait bien déplacer les pions pour en sortir gagnant.

En fait, hier comme aujourd’hui, au Bénin, il ne suffit pas de réaliser des miracles économiques pour remporter un scrutin. D’autres facteurs entrent en ligne de compte au nombre desquels l’impact de la gouvernance sur le panier de la ménagère mais aussi le comportement des gouvernants. A Nicéphore Soglo, il avait été reproché la condescendance, l’irruption de la famille dans les affaires de l’Etat et bien plus encore. Au pouvoir actuel, malgré que beaucoup lui reprochent le manque d’empathie mais aussi le manque d’égard d’un grand nombre de courtisans certains d’avoir la faveur du chef de l’Etat, ce dernier a su dans l’ombre jouer son va-tout pour que l’échec ne soit pas au rendez-vous.

Mais…

Les 28 sièges obtenus par le parti Les Démocrates doivent interpeller le pouvoir en place à revoir sa copie dans certains domaines. Et pour cause, dans certaines circonscriptions et surtout à Cotonou, les partis de la mouvance n’ont pas existé. C’est désormais un secret de polichinelle. Il est reproché à la gouvernance actuelle, en plus des réformes, les impôts de plus en plus élevés et sur de plus en plus de secteurs jadis épargnés. Des impôts qui viennent impacter négativement un coût de vie déjà marqué par l’inflation galopante depuis l’avènement du Covid-19 en 2019. En fait, la valse des prix sur les marchés n’a pas pu faire pardonner les déguerpissements, au début du premier mandat, des commerçants et petits acteurs économiques qui exerçaient sur les trottoirs des villes.

Au mécontentement des citadins s’ajoute celui du monde rural. Alors que la production du soja est en train de prendre de l’envol, les mesures prises en 2022 ont eu l’impact d’un couperet sur la filière. Les paysans et les commerçants se retrouvent avec des quantités de cette légumineuse qu’ils peinent à liquider à cause  de la taxe d’exportation élevées et des prix d’achat qui refusent de décoller.

Pour leur part, les fonctionnaires et certains travailleurs du secteur privé reprochent au chef de l’Etat le fait d’avoir limité les libertés syndicales avec l’interdiction de grève dans certains services et bien d’autres mesures.

Enfin, au plan local, certains candidats alignés par des partis de la mouvance pour ces élections législatives sont des personnalités sclérosées que des électeurs n’ont pas parfois hésité à chasser de leurs localités durant la campagne électorale. Il leur est reproché le fait d’être prêt à servir un régime et à le renier par la suite pour s’accorder les faveurs du nouveau venu.

Le vote de ce dimanche 8 janvier 2023 est donc une confirmation pour le Chef de l’Etat mais également un signal fort pour lui demander de revoir un tout petit peu la direction de sa gouvernance. Il n’est pas encore tard dans la mesure où les élections générales et la présidentielle sont pour 2026. Tirer les leçons malgré la victoire permettra aux indécis de passer l’éponge et de porter au sommet celui qui serait désigné comme dauphin. Mais pour que cela arrive, il est nécessaire que le président Talon passe un coup de balais stratégique dans son entourage.

La Rédaction

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