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Civic Tech en Afrique : La démocratie à l’ère du numérique

 Civic Tech en Afrique : La démocratie à l’ère du numérique

En Afrique, les nouvelles technologies ne se limitent plus à transformer les communications ou les systèmes économiques. Les innovations technologiques, de façon générale, celles numériques en particulier, redéfinissent également les contours de la gouvernance publique. C’est le cas des Civic Tech.

Ces technologies citoyennes apparaissent comme un levier puissant pour favoriser la participation citoyenne, renforcer la transparence et responsabiliser les institutions publiques. De l’accès à l’information à la cartographie des besoins sociaux de base en passant par les initiatives de redevabilité et de veille électorale, les projets civic tech se multiplient sur le continent depuis une quinzaine d’années.

Mais comment ces outils se sont-ils imposés dans les débats sur la démocratie participative en Afrique ? Quelle est leur essence et quels défis rencontrent leur porteurs ? Quels sont les acteurs institutionnels qui soutiennent leur développement et comment ? Quelles sont les perspectives d’avenir à l’heure des révolutions radicales comme l’intelligence artificielle ?

Pour comprendre cette évolution et répondre à toutes ces questions, il est essentiel d’explorer leurs origines, leurs différents usages, leur répartition géographique, et les cadres légaux qui les soutiennent.

Les Civic Tech : une révolution technologique au service de la bonne gouvernance

Les Civic Tech se définissent comme des technologies visant à permettre aux citoyens ou à les aider à “rendre le gouvernement plus accessible, efficient et efficace”. En Afrique, les Civic Tech doivent leur émergence à une convergence de paramètres mêlant défis persistants et opportunités inédites. Le faible accès à l’information publique, la corruption systémique et la faible participation citoyenne étaient des enjeux jusqu’au milieu des années 2000. Or, le tournant numérique des années 2010, allié à l’essor du mobile et d’Internet, a offert une opportunité unique de relever ces défis. Des initiatives comme Ushahidi au Kenya, créée initialement pour cartographier les violences post-électorales en 2007–2008, ont montré comment la technologie pouvait amplifier les voix citoyennes et fournir des solutions innovantes.

Depuis, le développement des Civic Tech s’est accéléré sur le continent. Ils se sont d’abord imposés dans les régions anglophones du continent. Ces derniers jouissent d’une maturité technologique avancée par rapport aux autres pays. Toutefois, l’Afrique francophone n’est pas restée en marge. Dès 2012, des initiatives comme Sunu2012 au Sénégal, #Vote229 au Bénin ou encore #GuineeVote en Guinée ont permis de mettre en évidence la formidable énergie de la jeunesse et son envie irrépressible de s’engager au service de l’intérêt général. En Afrique du nord, le printemps arabe va donner un coup d’accélérateur à ses initiatives qui s’appuient sur les technologies numériques pour rendre l’action publique plus transparente. Dans cette région, c’est la Tunisie qui voit émerger les premières initiatives après la révolution de 2011.

Ces premières initiatives, comme on peut le constater, se focalisent davantage sur la transparence des processus électoraux à travers des initiatives de veille électorale. Aujourd’hui, les civic tech sur le continent se diversifient énormément. Mais elles continuent de révolutionner la manière dont les citoyens interagissent avec leurs gouvernements, évaluent les politiques publiques et revendiquent une meilleure gouvernance. Les thématiques traitées sont très variées : environnement, assainissement, droits des femmes, transparence, redevabilité, dysfonctionnements administratifs, etc. De la même manière, toutes les technologies sont exploitées : SMS, USSD, applications mobiles/web, site web, chatbot, IA, etc.

AUCTF : un soutien de taille aux Civic Tech

En une quinzaine d’années, les civic tech se sont imposés et leur importance reconnue à l’échelle continentale. Pour le commissaire aux affaires économiques de l’Union africaine, “les Civic Tech incarnent une chance historique pour harmoniser les pratiques de gouvernance en Afrique à travers des solutions adaptées aux besoins locaux”.

Dans cette logique, l’organisation continentale joue un rôle crucial dans l’émergence des civic tech en Afrique. En adoptant un Cadre stratégique en matière de données, l’Union africaine a tracé le chemin vers l’harmonisation des politiques en matière de gouvernance numérique sur le continent. Par ailleurs, le document met l’accent sur l’importance de la gestion des données ouvertes pour favoriser la transparence et l’innovation. Ce cadre fournit aux États membres des recommandations pour créer un environnement juridique propice au déploiement et au développement des Civic Tech. Car, sans un cadre légal propice à l’accès aux données ouvertes, il est presque impossible de parler de civic tech.

Mais le rôle déterminant de l’Union africaine dans l’émergence des Civic Tech sur le continent ne se limite pas à la mise en place d’un cadre institutionnel favorable. L’organisation continentale, avec le soutien de la coopération allemande (GIZ), apporte un appui technique et financier conséquent à plusieurs initiatives Civic Tech émergentes sur le continent. Ce soutien se déploie dans le cadre du Fonds africain pour les civic tech (African Union Civic Tech Fund). Ce programme, dont la deuxième cohorte a été lancée en 2024, accompagne quinze (15) initiatives bénéficiaires. L’initiative s’étend sur douze (12) mois vise à catalyser et à amplifier des solutions innovantes de civic tech qui exploitent la puissance de la technologie pour favoriser une action transformatrice menée par les citoyens à travers le continent africain.

“En particulier, ces bénéficiaires répondent à la nécessité de renforcer une participation citoyenne significative dans les espaces de gouvernance grâce à l’utilisation innovante des données et des technologies numériques pour relever les défis de la gouvernance et du développement, tout en reconnaissant le rôle central de la jeunesse africaine dans la construction de l’avenir du continent”, explique l’organisation sud-africaine Civic Tech Innovation Network, le partenaire d’exécution du programme.

L’initiative vise trois objectifs à savoir :

Renforcer la confiance des citoyens et favoriser la participation active aux initiatives de technologies civiques durables, répondant aux défis sociétaux;

Cultiver des écosystèmes civic tech robustes et résiliants, en donnant aux citoyens les moyens d’agir grâce à un meilleur accès à l’information et à une meilleure utilisation de l’information, et en favorisant la responsabilisation;

Favoriser une gouvernance et un développement de politiques améliorés, inclusifs et transparents aux niveaux local, national et régional.

Des bénéficiaires reconnaissants

En plus d’une enveloppe financière individuelle de 15000 dollars, les bénéficiaires reçoivent aussi un accompagnement technique durant les 12 mois d’incubation de leurs projets respectifs. Les quinze bénéficiaires de la deuxième cohorte se sont d’ailleurs rencontrés pour la première fois à Johannesbourg en octobre 2024 durant Civic Tech Innovation Forum. Une occasion au cours de laquelle ils ont partagé leur satisfaction et reconnaissance vis-à-vis du programme.

“Le AUCTF nous a permis de déployer notre projet dans deux États supplémentaires au Nigeria. D’autre part, l’initiative nous aide à nous améliorer sur le plan technique grâce au support des experts mis à notre disposition”, a déclaré Dirug Samuel, directeur exécutif de Big Family 360. Cette organisation basée au Nigeria a développé une application dénommée SmartRR. Cette dernière est une application mobile qui permet aux personnes de signaler les cas de violence basée sur le genre et de connecter les victimes aux prestataires de services les plus proches (police, ONG, hôpitaux, avocats). Le tout à partir de smartphones ou même des téléphones ordinaires.

L’ONG guinéenne “Ouvrir les horizons” est une autre bénéficiaire du fonds. Son projet “Le Peuple”, sorte d’observatoire citoyen du parlement via le numérique, vise à faciliter l’accès des citoyens aux informations relatives au parlement, favoriser la participation citoyenne à l’action parlementaire et améliorer le niveau de participation des femmes dans les instances parlementaires. “Le fonds de l’Union africain est innovant et nous accompagne sur plusieurs aspects. Il nous accompagne dans le renforcement de nos capacités techniques à travers des masterclass dans plusieurs domaines. Il nous offre également un financement et des opportunités de réseautage. Ce fonds nous permet de renforcer nos acquis sur le terrain”, a confié Alpha Mamoudou Diallo, responsable des programmes et partenariats de l’ONG “Ouvrir les horizons”.

Pour Richard Makwa, data-journaliste et activiste kényan, AUCTIF arrive au bon moment pour son projet “Maai Makwa”. Ce dernier, porté par l’organisation “The Demography project” s’appuie sur les nouvelles technologies, la mobilisation citoyenne et l’engagement communautaire pour renforcer la responsabilité individuelle et collective de la gestion des ressources en eau douce au Kenya.

Le projet fournit aux communautés pauvres en eau, vulnérables au climat et défavorisées des outils appropriés pour suivre la gestion des ressources en eau douce afin de renforcer les processus démocratiques sur les droits à l’eau. “Le programme AUCTF nous a permis de comprendre ce que c’est que les civic tech au sens large. Nous avons eu accès à des ressources du Civic Tech Innovation Network, ce qui nous a permis d’apprendre de plusieurs acteurs des civic tech à travers le continent. C’est un excellent espace de partage d’idées et d’expériences”, a témoigné Richard Muraya.

Grâce au soutien de l’AUCTF, Dirug Samuel, Alpha Mamoudou Diallo, Richard Muraya et les 13 autres bénéficiaires de la seconde cohorte espèrent faire aussi bien que leurs prédécesseurs de la première cohorte de l’initiative. En 2023, AUCTF avait soutenu des projets civic tech comme InfoNile en Ouganda, qui combine data-journalisme et environnement ou encore CitizenLab en Afrique du Sud.

Relever des défis persistants

Si le potentiel des Civic Tech en Afrique est immense, les porteurs de ces projets innovants doivent continuer à relever plusieurs défis persistants dont certains propres au continent. Parmi ceux-ci on peut citer :

Accès à Internet : Près de 40 % de la population africaine reste encore hors ligne. Cette situation limite l’adoption massive des solutions Civic Tech.

Cadres juridiques : Les lois sur la protection des données et la cybersécurité restent inégales entre les pays. Et même lorsqu’elles existent et favorables à l’innovation en théorie, dans la pratique, leur exploitation se heurte à l’agenda politique parfois hostile.

Durabilité financière : Beaucoup d’initiatives dépendent encore des financements externes, ce qui pose la question de leur viabilité à long terme. La nécessité de trouver un modèle économique adapté est pressante. Le financement interne, notamment via des fonds publics domestiques ou le secteur privé, est essentiel.

Cependant, avec des acteurs dédiés et un soutien croissant des gouvernements, l’avenir des Civic Tech en Afrique semble prometteur. Car les Civic Tech redessinent progressivement les contours de la gouvernance en Afrique. En connectant les citoyens à leurs institutions, elles favorisent une transparence accrue et un engagement civique renforcé.

Au-delà, les Civic Tech permettent aux citoyens de se saisir eux-mêmes des enjeux sociétaux via les technologies pour bâtir des solutions adaptées à leurs besoins vitaux. Grâce à la mobilisation sociale, ils replacent donc les citoyens au cœur des politiques publiques. Avec un soutien adapté, notamment via des fonds comme l’African Civic Tech Fund, des cadres stratégiques continentaux et une collaboration accrue avec les gouvernements locaux et le secteur privé, ces initiatives sont bien placées pour transformer durablement le paysage politique et social du continent.

Maurice THANTAN

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