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«Ordre de Mission»: Une plume de Myrtille Akofa Haho (Fin)

 «Ordre de Mission»: Une plume de Myrtille Akofa Haho (Fin)

Après la mise sur le marché de « Kidal » qui est un recueil de six nouvelles, Myrtille Akofa Haho, écrivaine béninoise a décidé de partager avec les lecteurs un de ses textes. Il s’agit de « Ordre de Mission ».  Voici la cinquième partie et la fin. Lisez plutôt !!!

Je me sentais épuisée et dégouttée. J’eus encore une nouvelle nausée et je courus à la douche. Je suai à grosses gouttes. Je me nettoyai intensément. A mon retour, je vis Sètché encadrant la porte du séjour avec un sourire ironique.

-Ça va ? me lança-t-il. Ou bien il y a une autre nouvelle à m’annoncer ? Je le fusillai du regard, le poussai de côté pour retourner à mon ordinateur. Magie. Illumination. Doute. Tous mes onglets étaient ouverts à leur place. Les documents et diplômes avaient aussi retrouvé leur place initiale. Mon sang ne fit qu’un tour. Je me dirigeai dans la chambre.

-Tu as touché mon ordinateur et mes données. Dis-je, en criant à Sètché. Sans bouger, il me dit avec un sang-froid déconcertant :

-Tu sais maintenant ce que tu as à faire. Abandonner l’idée de postuler pour ce travail. Il se retourna et éteignit la lumière. Je me tus car je n’avais pas la force d’une dispute à pareille heure. Je courus envoyer tous les documents par mail au service du personnel de la préfecture. Je réfléchis alors toute la nuit. Des questions me malmenaient jusqu’au matin. J’appréhendais la réaction de Sètché quand il apprendrait que je ne lui avais pas obéi. L’image d’Amina me revint à l’esprit. J’enviai le sort de ma grande sœur Mawulé, qui à trente-six ans était toujours célibataire et menait une vie professionnelle épanouie. Même s’il lui arrivait de désirer vivre avec un homme qui ferait d’elle son épouse, son travail était sa vie et elle ne s’en séparait jamais. Je me vis dans le miroir rageant contre moi-même comme prise dans un piège. J’entendis mon mari prendre sa douche. Avant qu’il ne revienne prendre place à côté de moi, je me suis endormie. Il me laissa dormir et me réveilla au petit matin pour m’annoncer qu’il partait en Côte-d’Ivoire pour un séjour de trois semaines et me montra l’ordre de mission. Pour la première fois, en dix ans, je n’étais pas triste de le voir partir. Je répondis distraitement un laconique « c’est compris » et me remis à dormir. Quand il fit jour, je lui servis son petit-déjeuner, et me concentrai sur mon Ahouna. Il était en proie aux coups bas du sort contre lui. Il était dans le « Akoko », pour être bientôt brulé. Cette fin ne me plut pas et ne fit qu’exacerber ma haine du moment. Plus je m’approchais du Kinibaya où ses restes seront déposés, plus proche je me sentais du gouffre qui se creusait désormais devant moi, entre Sètché et moi. J’en voulus à Anatou pour sa jalousie maladive, j’en voulus aussi à Sectché qui n’était pas loin de cette sorcière qui a périclité la vie d’Ahouna en le forçant à une vie d’errance dont le dénouement me faisait remonter le sang au cerveau. Je me disais : « Tu aurais dû être un peu plus fort ou diplomate, Ahouna, en la mettant à sa place, cette Anatou. » Je sortis faire des courses et revint toute lasse. Les jours passaient monotones et le jour du départ de Sètché était là. Particulièrement de bonne humeur, il passa la journée à me couvrir de cadeaux et de tendresse. Il partit le cœur apaisé et moi heureuse de me retrouver enfin seule pour réfléchir. Deux mois qu’il est parti, et me voici clouée ici à attendre un enfant de lui. Aujourd’hui mon grand ménage passé, la découverte de mon état de grossesse consommée, je me rends à une évidence terrible : mon Sètché, pour m’offrir ce luxe, était un homme exceptionnel. Il a vécu une double vie : avec moi, un visage d’ange, mais dans les affaire, un loup garou. En faisant le ménage ce matin, je suis tombée sur une malle contenant des tas de papiers. Je dus lire pour ne pas brûler des documents importants de mon mari. C’est ainsi que je me suis rendue compte que j’ai tissé dix ans de relation, dix ans de patience, dix ans de mensonge avec lui. Je viens de voir la vérité dans sa crudité arrogante me crever les yeux. J’ai là, étalés devant moi tous les relevés de compte bancaire, les correspondances qu’il échange avec ses commanditaires. Le dernier qu’il effectue actuellement est de tous ceux qui empêchent la mauvaise gestion de perdurer au sommet de l’Etat. Parmi ceux qu’il a éliminés, il y avait mon frère qui se lançait en politique il y a cinq ans, et plein d’avenir. Et c’est lui qui a joué au consolateur dans cette chambre en me disant que c’est Dieu qui a repris ce qu’il avait donné, et qu’il fallait bénir son nom. Je sais à présent que c’est lui qui a retiré ce que Dieu a donné. Il me tuera aussi pour mon héritage le jour venu. Je n’ai qu’à m’en aller de moi-même avant qu’il ne me précipite dans la mort. Donc pour me couvrir de bijoux, il dépouillait tant d’homes et de femmes de leur vie. Je revis l’image d’Amina. Il faut que je me sauve avant le retour du bourreau. Avant tout, je lui laisserai ceci : « Bien à toi, Sètché,Tu n’es pas ma destinée car je m’en irai de moi-même. Mais avant, je voudrais te dire que je t’ai toujours aimé au-delà de tout. C’est la seule chose que je me reproche. T’avoir aimé sans prix aucun. Sans calculer. Sans réfléchir. Je sais tout. Ton vrai visage. Ton travail. On se retrouvera peut-être dans le pays d’où personne ne revient. Repens-toi. Il est encore temps. Je m’en vais avec tout ce qui nous a unis. Mais avant, je me dépouille de tout ce dont tu m’as couverte. Je viens de mettre feu à ma garde-robe. Les chaussures et les colliers sont déposés dans le WC public. Ils ne sont pas dignes de toucher le corps d’autres personnes. Ils sont tachés de sang. Cadeaux du crime et de l’abomination. Je te laisse aussi ton nom. Je te laisse tout de toi qui est en moi. Adieu ! Rendez-vous dans l’au-delà. Moi qui ne suis plus tienne. 

Je bus mon liquide-efficace contre les rats et les cafards. Je m’endors. J’ouvre mes yeux sur un lit d’hôpital. Mon errance commence ici. Sètché est toujours là. Je ne veux plus le revoir. À moins que le médecin réussisse à m’empêcher d’avaler ma langue. (Fin)

Myrtille Akofa HAHO

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