Microcrédits : Des femmes étranglées

 Microcrédits : Des femmes étranglées

A la quête de financements pour leurs affaires, la plupart des petits entrepreneurs, notamment les femmes, se retrouvent étranglées par des dettes contractées auprès des institutions de microfinance, sans parfois pouvoir en sortir.

Le mécanisme est bien huilé. Dame X a une boutique mais elle peine à achalander les rayons faute de financement. Elle se rend dans une agence de micro-crédit et plaide son cas. Après une interview portant sur diverses questions comme la taille de son entreprise et le montant qu’elle désire obtenir, la structure délègue un employé pour se rendre sur les lieux et constater l’existence réelle de la boutique. Ce dernier a aussi pour mission d’évaluer la taille de l’entreprise et la quantité des marchandises. Les constats faits par l’agent permettent de déterminer la solvabilité de la prêteuse. Au bout de quelques jours ou quelques semaines, les fonds sont débloqués.

Mais, très vite, avec les ambitions et la facilité avec laquelle le crédit est obtenu, la boutiquière se rend dans une agence de microfinance pour négocier un autre prêt, pour agrandir davantage son business. C’est ainsi que certains petits commerçants contractent des prêts dans trois, quatre et même plus d’agences de microcrédits. A la fin, la dette devient ingérable d’autant plus que certaines agences fixent le montant quotidien à rembourser. Très vite, les débiteurs se rendent compte que les montants à rembourser dépassent les recettes journalières.

A ce rythme, certaines commerçantes fragiles tombent dans la dépression. Assises dans des boutiques bien remplis ou devant des étals bien pleins de produits divers, elles redoutent l’arrivée des agents collecteurs de dettes qui, souvent, passent dans l’après-midi pour s’assurer d’obtenir quelque chose. Pour s’en sortir, certaines passent d’agences en agences pour prêter tout juste pour rembourser. Un cercle vicieux qui risque de finir par les éjecter lorsqu’elles ont fait le tour de toutes les agences présentes dans leur localité.

Les affaires riment avec les prêts bancaires. Mais lorsque le prêteur lui-même débourse trop facilement, il risque un jour de se retrouver face à des clients en défaut de paiement. C’est le cas des structures de microfinance, ces sortes de banques proches des communautés et dont la raison est de prêter de petits montants aux petits entrepreneurs.

La situation dans laquelle se retrouvent les clients de la microfinance au Bénin s’explique par le manque de partage d’informations entre les agences. Une carence due à l’inexistence d’un fichier national qui répertorie les débiteurs de chaque société de microcrédit. Il est vrai qu’un tel outil de contrôle risque de diminuer la marge de bénéfice des entreprises de microfinance qui verraient ainsi leur portefeuille clients diminuer. 

Le secteur de la microfinance (encore appelé système financier décentralisé) est l’un des plus florissants au Bénin, les petits acteurs économiques y voyant une bouée de sauvetage lorsqu’il s’agit d’obtenir des prêts. Ainsi, de 680 000 en 2005, le nombre cumulé de clients que se partagent ces acteurs financiers dépassent aujourd’hui les 2,5 millions de créanciers dont les femmes constituent l’écrasante majorité. C’est donc une activité lucrative qui mobilise plus de 150 milliards de francs CFA. Avec les intérêts en jeu, la règle de prudence chère aux banques est parfois vite oubliée quitte à ce que les débiteurs profitant du laxisme soient harcelés.

Face à cette situation, il incombe à l’Agence nationale de surveillance des systèmes financiers décentralisés d’user de son autorité pour s’assurer de ce que les règles qu’elle a édictées sont suivies par tous les acteurs.

Pierre MATCHOUDO

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