Lutte contre le harcèlement sexuel : Le Bénin comme les USA

 Lutte contre le harcèlement sexuel : Le Bénin comme les USA

Champions de la lutte contre les abus sexuels, les Etats-Unis peinent à venir à bout de ce problème. Que doit faire le Bénin pour y réussir ?

Tout parent d’élèves filles et d’étudiantes devraient se réjouir des nouvelles avancées impulsées cette semaine par le chef de l’Etat en ce qui concerne la lutte contre le harcèlement sexuel. Loin des passions et débats suscités par la poursuite de trois enseignants de l’Université d’Abomey Calavi dans une affaire de mœurs qui reste à éclaircir par le tribunal d’Abomey Calavi, la mise en application des nouvelles dispositions devraient permettre d’apporter de la sérénité dans le rang des apprenantes. En effet, le chantage aux notes sur fond de sexualité a toujours été une composante avec laquelle les étudiantes doivent compter avant d’entrevoir la fin de leur cursus académique. Mais lorsqu’on sait que beaucoup de lois sur la protection de la femme continuent de dormir dans les tiroirs, le souhait de tous –parents, apprenants et défenseurs de la morale- est de voir cette fois-ci la peur changer de camp.

Cela étant, il reste cependant que le vice a la dent dure. Un aperçu comparatif avec ce qui se passe dans les pays les plus protecteurs de la femme le prouve à merveille. Aux Etats-Unis, la « Violence Against Women Act » ou loi sur la violence faite aux femmes a été signée le 13 septembre 1994 par le président Bill Clinton. Cela n’a pas empêché ce dernier d’avoir eu des rapports avec Monica Lewinsky, une stagiaire de la Maison Blanche, ce dans ses propres bureaux. Il s’en est suivi une tentative de destitution à laquelle il a échappé malgré les faits avérés. Plus tard, les médias ont révélé que certains des membres du Congrès qui acculaient le plus le président à la démission avaient, au moment des faits, loué une maison de campagne où ils emmenaient des filles en toute illégalité.

En fait, malgré toutes les dispositions pour prévenir et punir les abus, l’histoire des Etats-Unis est jalonnée par des scandales sexuels dans lesquels les plus hautes autorités politiques et religieuses sont impliquées. « Non seulement les questions de liaisons illégitimes traversent toute l’histoire américaine, mais elles touchent toutes les personnalités publiques à tous les niveaux du pouvoir, au point de donner à penser qu’il s’agit là d’une caractéristique fondamentale de la vie publique américaine », écrit Mokhtar Ben Barka dans Sexe et pouvoir aux États-Unis.

L’un des scandales dont l’opinion publique se souviendra longtemps, c’est celui ayant conduit à l’arrestation, en mai 2011, du Directeur général du Fonds monétaire international. Il avait été interpelé à l’aéroport après qu’une employée d’hôtel d’origine guinéenne eut appelé la police pour se plaindre de viol qu’elle aurait subi de la part de ce client. Certes, Dominique Strauss-Kahn est un Français mais il travaillait aux Etats-Unis, mais il encourait une peine de 74 ans de prison. L’affaire s’est finalement résolue faute de preuves suffisantes et après qu’un accord ait été obtenu entre les deux parties. 

Jusqu’à l’élection de Donald Trump à la tête des Etats-Unis en 2016, les scandales sexuels ont été pris très au sérieux au sein de la classe politique, ce qui poussaient les auteurs présumés à démissionner de leurs positions. Mais ce président atypique a toujours minimisé les accusations portées contre lui par plusieurs femmes.

Le Bénin veut-il se mettre sur la trace de ce pays qui se veut champion de l’égalité de traitement entre sexes ? Il ne suffira pas d’imiter ce dernier car la rigueur des différentes lois américaines sanctionnant le harcèlement et les abus sexuels n’empêchent pas les tribunaux de crouler sous le poids des condamnations pour ces mêmes crimes. Les sanctions devraient aller de pair avec l’éducation. Le respect du sexe opposé dans le foyer, à l’école et sur les lieux de travail- ne saurait être une réalité sans une éducation conséquente à la base.

Pierre MATCHOUDO

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