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Libération des opposants : L’espoir s’éloigne

Attendue à l’occasion de la fête de l’indépendance le 1er août dernier (2023), la libération des prisonniers politiques Reckya Madougou, Joël Aïvo et compagnons n’a finalement pas eu lieu. Ce qui laisse un goût amer à leurs partisans qui se demandent à quand enfin le jour de leur sortie de prison.

A chaque célébration de l’indépendance, le président de la République annonce la remise de peines à des prisonniers de son choix. Pour cette année 2023, beaucoup ont espéré voir enfin les prisonniers les plus célèbres recouvrer leur liberté. Mais il n’y a rien eu. Depuis, ceux qui se battent pour leur libération ne savent plus où donner de la tête.
Reckya Madougou et Joël Aïvo ont été arrêtés au cours de la campagne pour l’élection présidentielle de 2021. Ils étaient tous deux candidats de deux regroupements politiques différents se présentant contre le président Talon qui tentait de briguer un second mandat. Alors que d’aucuns avaient espéré que cette mise hors circuit ne durerait que le temps de la campagne électorale, le cauchemar continue de se prolonger pour les victimes. Dans la foulée, ils ont été condamnés respectivement à 20 ans et à 10 ans de prison. Leurs compagnons d’infortune ont eux aussi subi des peines d’emprisonnement lourdes.
Depuis, toutes les tentatives pour obtenir leur libération se heurtent à un silence du côté de l’exécutif. Pour favoriser une telle issue, une loi a été proposée par les députés qui permettra d’amnistier les prisonniers. Le Secrétaire général adjoint et porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji avait déclaré que «si la loi arrive sur la table du chef de l’État, il va apprécier. Mais en amont, je ne sais pas ». Or, lors de leur conférence de presse du vendredi 24 mars 2023, les députés du parti la Flamme ont prié « son Excellence Patrice Talon, Président de la République et père de toutes les Béninoises et de tous les Béninois d’œuvrer pour l’aboutissement heureux de cette loi, toute chose qui renforcera son bilan économique, politique et social ».
Cette disposition constitue une porte de sortie pour le chef d’Etat qui s’est engagé à décrisper la scène politique au cours de son second mandat. Dans ce sens de l’amélioration du climat politique, le président Talon a d’ailleurs déjà libéré certains prisonniers qui furent tous des collaborateurs de l’ancien président Yayi Boni.
Le parti Les Démocrates dont Madougou était le candidat à l’élection présidentielle a particulièrement entrepris des démarches qui, à ce jour, ne laissent pas entrevoir le bout du tunnel. Mais aujourd’hui, la question qui se pose est de savoir à quoi sert le séjour prolongé de ces acteurs politiques en prison. Certainement pas au pouvoir dont le chef est à son dernier mandat. Au contraire, on en fait des martyrs dans la mesure où tôt ou tard, ils finiront par sortir de leur séjour carcéral. Nelson Mandela a été enfermé pendant 27 longues années mais à sa sortie, il a été triomphalement porté à la tête de son pays, l’Afrique du Sud. Faut-il que le Bénin reproduise le même scénario ?

Damien TOLOMISSI

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