Les Hoxo et leur Mystère: Décryptage de Bonaventure Agbon

 Les Hoxo et leur Mystère: Décryptage de Bonaventure Agbon

Le journaliste spécialiste de cultures et religion, Sêmèvo Bonaventure Agbon est l’invité de l’émission littéraire ‘’Des livres et des lettres’’ animée chaque samedi par Tanguy Agoï sur la télévision privée Canal 3 Bénin. Au centre des discussions ce 5 février, l’essai collectif intitulé « 10 janvier : et après ? Le Vodùn dans un monde en mutation » dont il est triplement contributeur sous la direction du professeur Coovi Raymond Assogba, maitre de Conférences/Cames, sociologue-anthropologue et boologue à l’Université d’Abomey-Calavi.

Comment un chrétien, un « fils de pasteur » se retrouve-t-il à parler de Vodùn non pas sous l’aspect de la négativité mais en bien ? Cette toute première question de l’animateur Tanguy Agoï, l’invité reconnaît l’avoir affrontée maintes fois. La réponse se trouve exposée dans son texte titré « Phénoménologie du chrétien face au vécu des Hoxo ou Jumeaux » figurant aux pages 53 à 62 dudit essai publié en 2021 aux Éditions Lasodyla-Reyo. Il a renvoyé les téléspectateurs à sa lecture au risque de se répéter. Mais avant, il a indiqué qu’il s’agit d’une expérience « très éprouvante, très douloureuse » faite à partir de 2017, quelque mois après sa soutenance de Licence professionnelle en Sciences de l’information et de la communication. « Tout a commencé par une situation de maladie persistante face à laquelle les soins médicaux n’ont pu lui procurer satisfaction ». Il a fallu, a-t-il poursuivi, qu’un « ami intime » recourt au Fâ pour « apprendre à son sujet qu’on a avorté à son insu une grossesse gémellaire » et que sa maladie était « un signe que l’invisible lui faisait pour prendre conscience de l’existence de ces ‘’vivants-invisibles’’ ». Juste après cette révélation, Sêmèvo Bonaventure Agbon a témoigné avoir recouvré « mystérieusement » sa santé « sans avoir avalé même un paracétamol ». Pour un jeune qui a grandi dans un milieu exclusivement chrétien, « se retrouver sans guide » dans ce genre d’expérience métaphysique, a provoqué un grand choc psychologique. La peur de « n’être pas compris de l’intérieur » par les proches l’avait longtemps contraint à la solitude et au mutisme, a-t-il avoué.

Entre Sêmèvo B. Agbon et les Hoxo-jumeaux, une histoire d’amour ? Des années après cette situation, soit en 2019-2020, sa femme eut une grossesse gémellaire. Malheureusement, tout finit mal. Une fausse couche à six mois, un 23 décembre en pleine période de fin d’année ! Mais, un malheur peut cacher un plus grand bonheur. L’expérience des Hoxo prendra une tournure plus merveilleuse lorsque la femme retombe enceinte. Les Hoxo « vivants-invisibles » entrent en communication avec lui. « La première fois, c’était un soir. J’ai beaucoup transpiré et j’ai failli crier au secours », a-t-il confié. « Ils ont donné leurs prénoms et la date de leur ‘’naissance par fausse couche’’ avec une étrange précision. Ils m’ont rassuré que dans leur univers, il arrive qu’on autorise certains à échanger voix contre voix avec leurs parents », a raconté Sêmèvo Bonaventure Agbon face à l’animateur Tanguy Agoï pétrifié. « La première interdiction qu’ils avaient émise : aucun parent des deux côtés ne doit être informé du nouvel état de leur mère jusqu’à l’accouchement. Ce qui a été respecté ». Sans le concourt des Hoxo, l’enfant qui naquit il y a un an, ne verrait jamais le soleil. « Tant les attaques mystiques, la méchanceté, la jalousie, …s’étaient dressées contre cette grossesse. A chaque fois, les Hoxo les révélaient et les anéantissaient », a-t-il confié. L’invité a davantage suscité la curiosité en affirmant que ces « Hoxo invisibles sont avec moi, ils sont autour de moi. Nous échangeons, nous discutons jusqu’à aujourd’hui ». Par devoir d’élégance, dit-il, il s’est gardé de « tout étaler à la télé ». Ces êtres sont-ils capricieux ? « Ça dépend de ce qu’on met dans ce qualificatif », a-t-il réagi. Lui retient, de son vécu que « Les Hoxo sont exigeants, ils n’aiment pas la souillure. Si je vous dis combien de fois moi-même, leur père, j’ai été châtié, vous allez crier. Si quelqu’un veut mener une vie de désordre, il va les trouver capricieux, infernaux », a-t-il enseigné.

« Reconquête de nous-mêmes »

Audacieux de faire publiquement ce témoignage ? Oui, pense-t-il. En ce sens que, il pourrait être pris pour quelqu’un « qui est déjà devenu païen ou qui est sur le chemin de la perdition ». Selon lui, les colons ont apporté l’Église dans un but précis : c’était la mission civilisatrice destinée à remplacer toutes les cultures autochtones par la leur. Si nous n’avons pas été contents de ce qu’on a fait de nous, de tout ce qui a été dit de nous par les colons (militaires ou missionnaires en soutane), après les indépendances, nous avons le devoir de réécrire notre propre histoire, d’approcher nos propres réalités avec calme et fierté afin de voir les aspects à conserver là où l’étranger a tout étiqueté fétichiste et diabolique. « Ce travail, rare sont les intellectuels qui le font. La plupart d’entre eux se contente de reprendre les mêmes discours déshonorants laissés par le colon sur le Noir », a-t-il déploré. Attitude similaire chez les églises où le vocabulaire consacré aux réalités endogènes est encore très péjoratif. Et l’inculturation ? « Elle est un marché de dupe, puisque empreinte de condescendance et de mépris. Ces partisans se prennent en « examinateurs » des valeurs endogènes afin de leur délivrer « un certificat de propreté spirituelle » en vue de leur introduction dans la liturgie chrétienne », critique-t-il. Pour le journaliste culturel, « Loin des célébrations et spectacles, le vrai sens du ‘’10 janvier’’, c’est la reconquête de nous-mêmes » quelle que soit notre tendance religieuse.

Au détour d’une discussion fortuite, le professeur Raymond Assogba pénètre ce vécu de Agbon avec les Hoxo. Très touché, il l’a invité à le partager avec le public sous forme de communication lors de la 3e édition des conférences à panels intitulées « 10 janvier : et après » en 2020. Ce sont donc les communications à cette occasion qui ont fait l’objet de compilation pour aboutir à la publication de l’essai éponyme. L’humilité et l’ouverture du professeur Assogba ont été donc déterminantes dans l’aboutissement du projet. Long de 102 pages, il est subdivisé en trois parties. La première renferme les dix « Communications », la seconde intitulée ‘’Approfondissement’’ présente les recommandations de la dernière conférence à panels dont la création de la « Faculté des sciences du sacré africain ». La troisième et dernière partie est une note sur les auteurs. « 10 janvier : et après ? Le Vodùn dans un monde en mutation » a fait l’objet d’un dépôt légal n°1278 du 8 janvier 2021 du 1er trimestre à la Bibliothèque nationale. Il est préfacé par Dr Théophile G. Kodjo Sonou, président-fondateur de l’Institut universitaire panafricain (Iup) de Porto-Novo.

Patrice ADJAHO

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