Législatives 2023: Voici comment Talon prépare sa victoire

 Législatives 2023: Voici comment Talon prépare sa victoire

S’il y avait eu beaucoup à redire sur les élections organisées depuis son arrivée au pouvoir en 2016, tout laisse croire aujourd’hui que le président Patrice Talon tient à organiser, à partir de 2023 des scrutins au cours desquels les compétiteurs pourront s’affronter à armes égales.

Les élections de janvier prochain verront la participation de tous les partis remplissant les conditions d’existence légale. Et contrairement aux législatives précédentes où seules les deux formations politiques créées par le chef de l’État ont été autorisées à compétir, cette fois les partis d’opposition ont la certitude de se retrouver sur la ligne de départ. Ce qui est déjà une grande avancée quand bien même la question de la présence des opposants au sein des instances de gestion de ces élections est encore en débat.

En projetant de jouer franc jeu, le président Talon est cependant en train d’œuvrer assidûment pour la victoire de son camp. Et, cette fois, sa stratégie consiste à changer radicalement l’image qu’il avait fini par se forger auprès de l’opinion nationale et qui ne lui permettrait pas de remporter un scrutin ouvert.

Parmi les actions posées dans ce sens figuré l’audience qu’il a récemment accordée à ses prédécesseurs. Le lundi 13 juin dernier, c’était le tour de l’ex- président Yayi Boni devenu opposant farouche soit quelques semaines après un tête à tête  avec Nicéphore Soglo. Presque rien n’a filtré de ces retrouvailles mais le 14 juin dernier 17 prisonniers politiques détenus depuis février 2020 ont été libérés provisoirement sans pour autant que l’instruction de leur dossier ne soit annulée. Parmi eux figure un membre du parti de Sébastien Ajavon et plusieurs militaires accusés de « complot contre la sûreté de l’État, association de malfaiteurs, défaut de signaler un crime et complicité ».

Cette libération de détenus est un point que le chef de l’État comptera sans doute à son actif et il n’y a plus guère de doute que d’autres pensionnaires des prisons seront relaxés à mesure que la fin du mandat de l’actuelle législature approche. Et, comme dans un jeu de cartes, les pièces maîtresses ne sont sorties qu’au bon moment, il est à croire que Patrice Talon ne sortira Joël Aïvo et Rékya Madougou que lorsqu’il sera certain que leur libération aura le meilleur impact aux plans politique et électoral.

Pour le moment, la décrispation de la vie politique se poursuit sur d’autres fronts. Ainsi, depuis décembre dernier, les syndicats ont repris -timidement- leurs activités. Mais encore là, le président Talon reste le maître de jeu. Ainsi, c’est le gouvernement qui a fixé la date de rencontre avec les acteurs sociaux pour annoncer sa volonté d’augmenter le salaire minimum interprofessionnel garanti (Smig) et par la même occasion indiquer la date du début d’application de cette augmentation, soit deux mois avant les élections législatives. D’un autre côté, la parole se libère de plus en plus et les journalistes et autres critiques semblent aller un peu plus loin que ces derniers temps.

Mais au-delà de ces paramètres plutôt politiques, le chef de l’État peut compter sur les infrastructures qu’il réalise pour faire gagner son camp aux prochaines élections. Très visibles au sud du Bénin notamment dans les zones urbaines, le nord reste cependant dans l’attente. Après six ans de pouvoir, il n’y a eu dans cette région la plus vaste du pays, que des réalisations éparses. À titre d’exemple, Parakou, la plus grande ville du nord n’a bénéficié d’aucun projet d’envergure. Sans doute le président Talon attend le dernier moment afin d’en récolter le plus grand bénéfice électoral.

La seule tâche ardue qui pèse lourd sur le gouvernement et son chef est aussi l’une des plus importantes. Il s’agit de l’inflation qui ne cesse de monter en dépit des mesures prises à son encontre. Les Béninois rappelleront-ils au Président comme ils l’ont fait à Nicéphore Soglo en 1996 qu’on « ne mange pas les pavés » ? En dépit de ses performances économiques, ce dernier n’avait pas réussi à briguer un second mandat, les électeurs l’ayant jugé sur d’autres paramètres.

Pierre MATCHOUDO

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