Lalo: Les personnes handicapées stigmatisées

 Lalo: Les personnes handicapées stigmatisées

Les personnes vulnérables font toujours objet d’attention particulière. De sorte que tout le monde admet une discrimination positive en leur faveur. C’est bien le cas pour les Personnes vivant avec un handicap (PVH). Et s’il y a une politique nationale pour améliorer la vie de ces personnes, à Lalo, une commune du Couffo, la situation des personnes vivant avec un handicap est plutôt préoccupante.

Les personnes vivant avec un handicap ont-elles des droits à Lalo ? Comme tout être humain, les Personnes vivant avec un handicap (PVH) ont des droits. Et à travers le monde, les politiques et programmes sont échafaudés pour leur permettre de jouir pleinement de leurs droits. La tendance est de permettre à ces personnes de vivre normalement malgré leur handicap. Au Bénin, plusieurs programmes sont mis en œuvre dans ce sens. Sauf, que dans certaines communes, presque rien n’est fait pour faciliter la vie à ces hommes vulnérables. Hermine, une fille de 12 ans vit dans le village de Clabessihoué dans l’arrondissement de Hlassamey. Elle est une handicapée motrice. Elle ne peut se tenir sur aucun de ses deux jambes. Elle vit avec ses parents mais ne peut pas aller à l’école. «Lorsqu’on a voulu l’inscrire, les maîtres d’ici ont refusé », a confié la grand-mère de Hermine. Elle ajoute «ils ont dit que les autres écoliers vont se moquer d’elle ». François Dadé, président de l’association ‘’Mon handicap’’ confirme la version de la grand-mère. «Depuis quatre ans, j’essaie en vain de l’inscrire à l’école », appuie-t-il. Il explique qu’il s’est rapproché des responsables de l’Ecole primaire publique de Clabessihoué. Il n’a pas pu rencontrer le directeur mais son adjoint lui a servi la thèse des moqueries des autres écoliers. Le droit de cette petite fille à l’éducation est violé sans que personne ne se meuve.

De la violation des droits des PVH

Le cas de la petite Hermine est bien une caricature de la situation des personnes vivant avec un handicap dans la commune de Lalo. Ces personnes vulnérables ne jouissent presque d’aucune attention. La preuve, dans cette commune comme dans la plupart des autres communes du Bénin, le droit d’accessibilité des PVH aux édifices publics n’est respecté nulle part. Au niveau des édifices publics, pas de rampe pour faciliter l’accès à cette catégorie de personnes. Dans le village de Sèwahoué dans l’arrondissement de Adoukandji, nous avons rencontré un petit garçon handicapé moteur. Dans son fauteuil roulant, il allait à l’école. Il est élève à l’Ecole primaire publique de Sèwahoué. Arrivé, pour accéder à sa salle de classe, il est obligé de se faire aider par d’autres écoliers qui le transporte dans la salle lançant au pied de la terrasse, le fauteuil roulant. Donc, il n’est pas libre de ses mouvements.

Au niveau de la mairie, il est constaté qu’il n’y a pas de service dédié pour les PVH. Les questions liées à ces personnes sont confiées au service Affaires générales. Approché pour la question du respect du droit d’accessibilité, le chef service des Affaires générales, Hypolite Tohoundji informe que la notion de rampe est récente. C’est pourquoi, il n‘en existe pas aux niveaux des édifices publics à Lalo. Il rassure qu’au niveau des nouvelles constructions, les rampes sont prévues. Il indique que ça fait objet de discussion au CODIR. Il confie même que les personnes vivant avec un handicap prennent part aux revues trimestrielles. Pourtant quand il a été question de donner le numéro du président de l’association des PVH de la commune, Hypolite Tohoundji a été incapable de satisfaire à la requête. Il s’est juste contenté de dire qu’il connait le président mais qu’il n’a pas son numéro. Il a confié que c’est au Centre de protection sociale (CPS) que cette requête peut trouver satisfaction.

François Dadé réfute les explications du chef service des Affaires générales de la mairie. Il confie que son association existe depuis 1994. Mais, aucune autorité n’a cherché à rencontrer les membres de cette association malgré les nombreuses correspondances. Si non, à l’en croire, normalement, lors de la construction des hangars dans les marchés, de la construction des hôpitaux, de la construction des écoles et de la construction des autres édifices publics, les PVH doivent être associés. De sorte que dans les plans de construction, on prenne en compte la spécificité de ces personnes vulnérables en prévoyant des rampes pour leur permettre d’avoir accès à édifices une fois les travaux terminés.

Manque de volonté        

«Tu peux devenir handicapé du jour au lendemain », lance François Dadé qui estime que c’est parce que les autorités communales se sentent normales qu’elles ne prêtent pas attention aux autres. Pour lui, il y a un manque de volonté. Il explique cela par la disparité au niveau des chiffres. Selon le Plan de développement communal (PDC) quinquennat 2017-2021, la commune compte 56 handicapés moteurs, six handicapés visuels, deux sourds, deux muets, deux sourds muets. Pourtant, dans son registre en attendant la liste actualisée des autres arrondissements attendue pour le mois d’avril, il dénombre plus de personnes vivant avec un handicap que ce qui est dans le PCD. Au niveau de l’arrondissement de Gnizounme, il en a recensé 53, à Banigbé, il décompte 14 PVH. Zalli en compte 12, Tchito 16 et Tohou 17. Il indique qu’il travaille avec la Fédération nationale, il a assisté à plusieurs réunions départementales et nationales avec Handicap international. Mais il lui est difficile de travailler avec les politiques à Lalo. Pour lui, à Lalo, les autorités ne veulent même pas savoir s’il y a une association ou pas. Il raconte que l’une des autorités de la mairie est son parent et qu’il maîtrise bien les problèmes. Mais, il est incapable d’amener le conseil communal à changer d’attitude face à ces personnes vulnérables.

François Dadé prend exemple sur Luc Atrokpo lorsqu’il était encore maire de la commune de Bohicon, il a recruté des handicapés comme agents à la mairie. Ces agents travaillent encore à la mairie. Mais, « ici même si tu as le niveau, les gens ne vont pas chercher à le savoir ».  Dans le PDC, au niveau du cadre logique de développement de la commune la seule action prévue à l’endroit des PVH par an durant le quinquennat est de « plaider pour la dotation des tricycles aux handicapés moteurs ».  Mais si au niveau de la mairie, on n’a pas voulu s’étendre sur le sujet, une source interne reconnait que les PVH sont des laissés pour compte dans la commune. Il estime qu’il faut reconnaitre que pour les questions liées à ces personnes, il faut beaucoup d’investissement. Or, la mairie dispose de très peu de moyens. Toutefois, s’il y a de la volonté, un minimum de chose est faisable. Les 77 communes ont été sensibilisées sur la nécessité prendre en compte les PVH dans les prises de décisions. Des agents de communes ont été à plusieurs formations dans ce cadre.

La nécessité de renverser la tendance

La situation des personnes avec un handicap est presque la même à Lalo qu’à Klouékanmè, Toviklin et à Dogbo. Selon François Dadé, c’est seulement à Djakotomey qu’un effort est fait pour améliorer la situation. Il estime que Djakotomey est le plus sensible à la situation des PVH dans le Couffo. Et pour inverser la tendance, il estime qu’il faut d’abord associer ces personnes à l’élaboration de toutes les politiques allant en leur faveur. «Si on était à leurs côtés, on allait poser beaucoup de nos problèmes », estime le président de ‘’Mon handicap’’. Il est nécessaire que la mairie ait un répertoire actualisé de ces personnes. Cela passe par une campagne de recensement dans les hameaux. Ce qui implique qu’au niveau de la mairie, il faut disposer d’un service dédié aux questions des PVH. Une source communale suggère qu’il ait une ligne pour les PVH dans le budget de la commune. Tout doit partir d’une volonté politique assumée au niveau de la mairie. Il faut aussi que des ONG travaillant dans ce domaine aillent à Lalo pour aider ces personnes vulnérables. Dans le développement d’une nation, d’une commune, d’une ville ou encore d’un village, nul n’est de trop. Il est consacré dans la constitution béninoise que les Béninois sont tous égaux et doivent jouir des mêmes droits.

Arthur SELO (Coll)  

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