Inflation au Bénin : Le réveil tardif des syndicats

 Inflation au Bénin : Le réveil tardif des syndicats

Enfin, dira-t-on, une centrale syndicale fait de nouveau parler d’elle. La CSA-Bénin appelle ses membres et la population de Cotonou à un meeting que d’aucuns qualifient de géant avant même l’événement. Il faut dire que la situation sociale du pays exige des organisations des travailleurs de prendre des initiatives en vue d’y remédier.

En effet, l’inflation est si palpable que de plus en plus de ménages n’arrivent plus à s’offrir les trois repas quotidiens. C’est donc pour protester contre la vie chère et exiger des mesures correctives que les responsables de la CSA-Bénin appellent les Béninois à une grande manifestation le vendredi 18 février 2022. 

S’il n’est jamais trop tard pour bien agir, il reste que cette manifestation sonne comme le remède quasiment après la mort. Cela d’autant plus que le début de l’inflation ne date pas d’aujourd’hui. Depuis quelques années, les prix des produits de base ont commencé à augmenter, d’abord graduellement puis de façon brusque. Ainsi par exemple, un bidon de 25 litres d’huile végétale acheté début 2000 à 14.000 francs a vu son prix passer du simple au double de 2001 à 2021. Même les produits alimentaires cultivés au Bénin ont suivi cette tendance, comme le gari (farine de manioc), jadis aliment pour pauvres mais aujourd’hui denrée de luxe.

Cette situation n’a pas pu échapper aux responsables des syndicats qui, eux aussi, vivent au Bénin et en subissent les conséquences. Plutôt que de réagir en pointant du doigt les causes réelles, ils ont laissé le gouvernement se débattre pour trouver des solutions à un problème dont il est partiellement responsable. Pêle-mêle, le gouvernement a bloqué la sortie des produits alimentaires du pays –un pays aux frontières poreuses- proféré des menaces à l’encontre des commerçants véreux… Mais rien n’y fit car en réalité, la racine du mal est sans doute ailleurs.

C’est heureux qu’enfin la CSA-Bénin se soit réveillée dans un environnement où nombre de Béninois sont convaincus que les syndicalistes sont tétanisé par la peur que leur insufflerait l’exécutif. Lors d’une rencontre avec la presse, d’autres responsables de centrales syndicales ont été vus. Mais, s’ils sont solidaires de Anselme Amoussou et de ses camarades de la CSA, ils n’ont pas expressément appelé leurs membres à prendre une part active à la manifestation de vendredi. Ont-ils peur ?

Que cela soit le cas ou non, l’important pour les ménages en proie à des difficultés à joindre les deux bouts est que des solutions soient trouvées au mal qui les ronge. Pour cela, la CSA-Bénin devra sortir avec des propositions concrètes. Au nombre de ces mesures figure la diminution des impôts qui frappent lourdement l’ensemble de la population. Car du moment où un seul produit augmente de prix du fait de l’imposition, les autres acteurs économiques ajustent eux aussi leurs prix car acheteurs des mêmes produits. Une spirale bien difficile à maîtriser.

Pierre MATCHOUDO

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