Fusion tous azimuts des partis politiques : Des alliances pour contourner la loi

 Fusion tous azimuts des partis politiques : Des alliances pour contourner la loi

Depuis que le PRD et l’Union Progressiste ont annoncé leur fusion, des partis politiques ont eux-aussi révélé leur intention de mariage avant les élections législatives de janvier 2023. C’est le cas des Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE) et de Restaurer la Confiance de Irénée Agossa.

Si le parti de Me Adrien Houngbédji et celui de Joseph Djogbénou ont concrétisé leur projet ce mois-ci, c’est en fait le Bloc Républicain et l’UDBN de Claudine Prudencio qui ont inauguré cette nouvelle aire. En octobre 2021, les deux formations ont convenu de se muer en une et seule entité afin d’être plus représentatives au Parlement et dans les autres instances du pouvoir.

De leur côté, Les Démocrates ont d’entrée de jeu fait savoir leur rejet de toute idée de fusion avec les FCBE, l’autre grand ensemble se réclamant de l’opposition. Issu d’une guerre fratricide, le parti Les Démocrates serait ainsi retourné au bercail, la plupart des membres provenant des FCBE. Mais, au-delà de cette raison, cette formation politique est certaine de décrocher à elle seule les suffrages nécessaires pour avoir des représentants au Parlement.

Car, en réalité, plutôt qu’une union où tout le monde sort gagnant, les projets de fusion qui sont annoncés à ce jours mettent ensemble un grand parti et un menu fretin certain de ne pas à lui seul obtenir un député ou un élu local au regard de la loi.

Selon le code électoral, pour faire valider l’élection d’un candidat, le parti qui porte ce dernier doit obtenir un minimum de 10% de voix dans toutes régions du pays. Le PRD, un grand parti ayant hautement participé à l’animation de la vie politique et dont le président fut le premier responsable du Parlement à deux reprises, n’est pas arrivé à ce résultat bien qu’ayant eu des élus dans son fief traditionnel. Sans représentant à l’Assemblée nationale et dans les mairies, le parti s’est résout à fusionner avec l’Union progressiste pour avoir la chance d’exister d’une manière ou d’une autre.

Peu ou pas représentatives, de nombreuses autres formations pourtant ayant une existence légale, sont donc obligées de se saborder ou de disparaître. Mais alors, la question est de savoir si ces fusions sont solides ou s’il s’agit simplement d’une ruse pour avoir sa part du gâteau électoral. Même si le projet n’est pas allé à terme, la dénonciation du processus de fusion entre l’UDBN et le Bloc Républicain permet le doute.

Les réformes de la charte des partis et du processus électoral ont permis de faire disparaître des partis plaisantins dont le rayonnement ne dépasse parfois pas un village. Mais elle menace aussi d’autres grands ensembles qui ne s’appuient que sur quelques départements. La possibilité de fusionner constitue une bouée de sauvetage pour les responsables de ces partis car, au lieu de disparaître purement et simplement, ils peuvent se présenter comme des alliés sûrs, ce qui leur donnera le droit de réclamer des postes en cas d’élection.

Pour en finir avec la ruse, la réforme devrait aller au-delà afin de permettre au pays d’avoir moins de partis s’adonnant au clientélisme.

Pierre MATCHOUDO

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