Failles dans la charte des partis: Réforme politique et fin de mandat

 Failles dans la charte des partis: Réforme politique et fin de mandat

L’acte de mariage entre le PRD et l’Union Progressiste a été effectivement signé le week-end dernier et on peut désormais dire, selon l’expression consacrée, que les deux sont une seule chaire. L’Union Progressiste le Renouveau est le nom de la nouvelle entité issue de cette fusion entre les deux anciennes formations politiques.

À l’occasion de la cérémonie le président du PRD, Adrien Houngbédji a mis en garde contre toute trahison de la part de son nouveau partenaire. Et s’il a tenu à le faire, c’est parce que le risque de trahison est effectivement grand. Mieux il est présent dans la politique béninoise depuis le début des années 90 où le retour à la démocratie a été acté.

Pour assainir la classe politique le président Patrice Talon a initié une réforme que l’ensemble des parlementaires de la mouvance présidentielle et certains acteurs de l’opposition  *ont* salué parce que selon eux elle était la solution qu’il fallait pour stabiliser les formations politiques du pays. La charte qui en est issue a pour l’heure permis de *redistribuer* les cartes. Conséquences, aujourd’hui l’on compte moins de 20 partis contrairement au temps d’avant réforme où il y en avait environ 200.

Mais comme on le voit à l’approche des élections législatives de janvier 2023, les bénéfices de cette réforme semblent s’effriter avec le retour des vieux démons de la division. Ainsi des démissions en cascade ont été observées en ce mois d’août 2022 au sein de certaines formations politiques notamment au sein du Bloc Républicain, parti proche du chef de l’État. Les démissionnaires, loin de rejoindre l’opposition, ont quasiment tous intégré une autre formation proche elle aussi du président de la République. Ce qui est étonnant dans les faits, le parti de départ et celui de destination sont les deux faces d’une même pièce.

Cette bataille fratricide sans enjeu idéologique s’explique en réalité lorsqu’on sait que progressivement le Bénin s’achemine vers la fin du mandat du président Patrice Talon. Tous les coups sont donc permis pour se présenter comme la personne la plus apte à occuper le fauteuil présidentiel. Et dans ce contexte les consignes du chef de l’État ne sont plus sûres d’être forcément suivies par ses propres partisans quitte à ce que cela créées un semblant de deux autres camps au sein des formations le soutenant.

Jusqu’à tout récemment le Bloc Républicain et l’Union Progressiste s’étaient caractérisés par une discipline de groupe. Les députés de ces deux partis votaient à la quasi-unanimité l’ensemble des propositions de loi venant de l’exécutif. Si les députés ne peuvent pas changer de parti et donc rejoindre un autre bloc, il reste toutefois la possibilité de voter en toute liberté. Il est donc évident à l’allure où vont les choses que les partis présidentiels se disloquent et se reconstituent, la discipline de groupe au Parlement suivra la même tendance. Chaque député va alors voter en tenant compte de ses propres intérêts et non celui de son parti ou même du chef de l’État.

Comme cela se voit la réforme des partis politiques matérialisée par une charte ne règle pas le mal béninois. Les acteurs politiques une fois encore ont su percevoir les failles du système dans lequel ils évoluent et au lieu de combler ses failles Ils préfèrent les utiliser au profit de leurs propres intérêts. Ce qui n’est pas forcément de l’intérêt du peuple.

Damien TOLOMISSI

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