Enrichissement illicite : Un frein au développement

 Enrichissement illicite : Un frein au développement

Entretenus à grand frais par les ressources de l’Etat, la plupart des hommes politiques sont en réalité, des géants aux pieds d’argile, contraints de se maintenir aux commandes au risque de sombrer dans la misère.

Le feuilleton des affaires d’enrichissement illicite se poursuit au Bénin. Le tout récent épisode porte sur le Port autonome de Cotonou où un agent a subtilisé près de 145 millions de francs. Arrêté, l’intéressé a commencé à rembourser. Le précédent épisode concerne « trafic international de drogue à hauts risques, blanchiment et tentative de corruption » telle que qualifiée par le procureur de la Criet, la cour de répression des crimes économiques. En fait, il s’agit d’une nouvelle découverte de cocaïne, cette fois plus de deux tonnes soit 2 240 plaquettes. Déjà 14 personnes sont dans les mailles du procureur alors que les enquêtes n’en sont qu’à leur début.

Ces affaires viennent s’ajouter à plusieurs autres qui ont été découvertes ces derniers mois. Qu’il s’agisse de l’Agence des transports terrestres, de l’office de radio et télévision du Bénin, du Trésor ou même des administrations décentralisées, à ce jour, l’implication des hommes politiques n’a encore pu être démontrée même s’il est évident que certaines affaires doivent avoir requis l’implication d’acteurs influents.

Et pourtant, lorsqu’on parle d’enrichissement illicite, c’est généralement vers les politiciens que tous les regards se tournent. En effet, ceux-ci affichent un train de vie en déphasage avec la réalité sociale. Souvent originaires de milieux modestes, leur ascension  les rend suspects et parfois avec raison tant certains d’entre eux ont trempé dans des magouilles qui les obligent à trouver refuge dans la politique, souvent à des postes où ils bénéficient d’une immunité.

En plus de ces « personnalités » qui craignent pour leur liberté, la quasi-totalité des carriéristes en politique gravitent en fait autour d’hommes d’affaires, propriétaires plus ou moins déclarés de partis politiques ou lobbyistes et qui se ont amassé des richesses licites ou… illicites.

Mais la petite fortune que ces politiciens arrivent à se constituer à force de flatteries et de démarchages ne perdure que tant qu’ils sont aux affaires. « Faites la liste de tous ceux qui ont été ministres de 1960 à nos jours et venez me dire combien d’entre eux ont l’argent aujourd’hui », lançait comme exercice un vieux briscard de la politique à un groupe de jeunes qu’il voulait motiver à s’investir dans les affaires plutôt que dans la politique. Il n’y en a presque pas, faisait-il remarquer. Lui-même, ancien député, fut un industriel qui a fait sa fortune dans la transformation du coton en plusieurs sous-produits avant de se lancer dans la politique… comme service et non pour chercher à s’enrichir.

Une fois que leur carrière s’arrête, c’est la ruine assurée. Entretenant à leur tour une horde de courtisans et habitués à un style de vie dépensier, ils finissent par y injecter le peu d’argent qu’ils ont mis de côté. Et, au bout de quelques années, ils retournent à la case de départ et ne retournent plus à leur bases électorale par honte de ne plus y paraître comme riche et puissant.

Les hommes politiques au Bénin s’enrichissent-ils de façon illicite ? Sans doute, certains le font. En vérité, la vraie richesse illicite est amassée par des agents de l’administration qui ont accès aux finances publiques et par des opérateurs économiques auxquels ils accordent des marchés publics. Elle est aussi amassée par certains hommes d’affaires qui importent des produits prohibés et par de jeunes prêts à se lancer dans la cybercriminalité.

Pierre MATCHOUDO

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