Dubaï Porta Potty : « Le Symptôme d’un mal plus profond » dixit Elvis Abou

 Dubaï Porta Potty : « Le Symptôme d’un mal plus profond » dixit Elvis Abou

Émotion, indignation, injures. Le monde était choqué et le demeure encore après la diffusion sur les réseaux sociaux de répugnantes images et avilissantes à la limite. Le scandale à nom Dubaï Porta Potty. Les réactions sont vives. Les unes plus sévères que les autres pour dénoncer la vie que mènent certaines jeunes filles et jeunes dames (africaines pour la plupart) à Abidjan, Lagos, Nairobi ou à Paris après un tour dans les luxueux appartements à Dubaï. Pour Elvis Abou, Docteur en sociologie, Chercheur au LARRED (Laboratoire d’Analyse et de Recherches : Religion, Espaces, Développement) et Spécialiste des questions de mobilité professionnelle, le phénomène tire ses racines de la société elle-même. Lisez-plutôt !!!

On parlait des cybercriminels et des migrants qui prennent la mer pour rejoindre l’Occident à la quête de l’Eldorado. Voici Dubaï Porta Potty avec les jeunes dames au centre des attentions.

Nous sommes choqués, c’est vrai. Pourtant, cela révèle, en réalité, l’état actuel de notre société. En effet, Dubaï Porta Potty n’est que ce qui a été révélé, peut-être malencontreusement, au grand jour. Mais quelles sont les pratiques qui restent encore cachées ? Aujourd’hui, nous jetons tous la pierre à ces actrices, malheureuses, impliquées dans cette ignominie mais la société dans son ensemble devrait s’interroger. Moi, en tant que sociologue, je me pose deux questions.

Lesquelles ?

La première, quels sont les modèles que nous avons mis en avant dans nos sociétés actuelles ? Et la seconde, quels sont nos rapports avec l’argent; jusque où les gens peuvent-ils aller à cause de l’argent ?

Où voulez-vous en venir ?

Aujourd’hui, lorsqu’on parle de réussite, les réseaux sociaux et les mass-médias, en général, nous montrent des gens qui friment. Et Malheureusement, nous avons tendance à mesurer la réussite par rapport à l’argent qu’ils possèdent. C’est presque normal quand vous voyez des sportifs qui s’exhibent avec l’argent et de grosses voitures. Vous voyez, des top-modèles, des acteurs de cinéma déambulés avec des filles aux courbes à faire soulever la soutane du plus puriste des ecclésiarques. Il y a également les soi-disant influenceurs qui, actuellement, ont pignons sur rue. On nous montre leur réussite à travers quoi ? L’argent qu’ils possèdent, surtout l’argent qu’ils dépensent. On ne nous montre pas toujours le côté sérieux de leur travail. Les gros efforts qu’ils fournissent en amont passent souvent inaperçus. Ce qui est montré ou ce que les gens gardent d’eux est la fortune qu’ils ont. Comment ils claquent des billets de banque. En voyant cela, la société, notamment, nos jeunes frères et sœurs ont tendance à copier cette forme de consommation et se limiter à cette société d’exhibition alors que la  vie (celle des stars) va bien au-delà de ce bout de la réalité projeté. L’autre volet qui n’est pas du tout à négliger est l’éducation. Quelle est cette éducation que nous donnons à nos enfants? Quelle est l’éducation que la société donne à la génération montante? Si nous tendons à montrer l’argent comme la valeur absolue alors nous allons construire une société où les gens feront tout pour en avoir.

Que faire donc?

Il faut que la société donne une valeur relative à l’argent et non l’ériger en maître absolu de tout. Je ne dis pas que l’argent n’est pas important dans la vie mais privilégier l’argent au détriment des valeurs fondamentales est une erreur monumentale. Ce sont, en réalité, les valeurs liées au respect de la dignité humaine, liées respect à l’individu et de la famille qui doivent être promues. Elles doivent être non négociables et pas à être troqué contre de l’argent.

Un mot pour conclure cet entretien

Il apparaît nécessaire de nous interroger sur nous-mêmes et sur les valeurs que nous promouvons dans la société et voir où nous avions échoué et surtout revoir ce qui est à corriger. Nous pensons malheureusement que c’est seulement ailleurs mais d’aucuns disent que sous nos cieux, il y a des cas similaires. Il faut crever l’abcès. Je le dis parce que ce que nous avions vu aujourd’hui est le symptôme d’un mal plus profond.

Propos Recueillis par Arnaud ACAKPO (Coll)

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