Drame de Savalou : Mettre de l’ordre dans les églises

 Drame de Savalou : Mettre de l’ordre dans les églises

A en croire des sources officielles, la commune de Savalou a enregistré 08 morts et des blessés suite à un affrontement entre les adeptes d’une église et la population du village de Monkpa qui a fait 8 morts dont deux policiers. Le drame qui s’est produit le 28 janvier rappelle une fois encore la nécessité pour l’Etat de mettre de l’ordre dans le milieu ecclésiastique pris d’assaut par des escrocs.

Selon les informations officielles, à l’origine du drame était une église dont les dirigeants ont décrété pour très bientôt la fin du monde. Pour cela, ces derniers auraient demandé à leurs adeptes de se débarrasser de tous leurs biens notamment en les vendant. Dans cette dynamique, les fidèles auraient investi même les champs qu’ils se seraient mis à récolter… la fin du monde étant là. Et c’est alors que les affrontements auraient commencé, les propriétaires des biens attaqués s’étant opposés aux pillards.

Ce n’est pas la première fois qu’une église apocalyptique fait parler d’elle. En novembre 1978, Jim Jones, un gourou américain de la secte du « Temple du peuple, a mené à la mort les 908 adeptes dans l’un des plus dramatiques suicides collectifs de l’Histoire ». En mars 2000, ce sont 200 adeptes d’une secte qui ont été brûlées vives pour précipiter la fin du monde. Les histoires de suicides collectifs pour échapper à la fin du monde sont légions dans le monde.

Dans tous les cas, les gourous affirment que la fin du monde est déjà là et qu’il fallait que leurs disciples se suicident pour échapper aux tribulations des derniers jours. Mais au Bénin, au lieu de se donner la mort, c’est au vol des biens d’autrui que les fidèles se sont adonnés, ce qui montre qu’il ne s’agit plus de religion mais de filouterie pure et simple. Car si c’est de la fin du monde qu’il s’agirait à quoi servirait alors l’argent issu de la vente des biens et des récoltes. Ce qui montre que c’est une manœuvre d’escroquerie.

Ce drame est donc une occasion pour l’Etat de reprendre la main dans ce secteur où il est difficile désormais de démêler le bon grain de l’ivraie. L’ensemble de la communauté chrétienne devrait d’ailleurs être la première à exiger une plus grande réglementation. Car, c’est d’abord elle qui est la première victime des abus constatés par des soi-disant pasteurs mais qui sont des opportunistes et des manipulateurs ayant compris que la crédulité des personnes en difficultés peut être pour eux une source d’enrichissement. 

Ce qui s’est passé à Monkpa est certes un cas extrême, mais c’est devenu une pratique courante pour certaines églises d’user de plusieurs méthodes de conditionnement pour manipuler les fidèles et leur extorquer des fonds. A coup de promesses de bénédictions, d’enrichissement, de mariages, de guérison, de miracles et bien d’autres choses, les leaders de ces églises tiennent en lèche des personnes souvent en désespoir. Le salut des âmes est de loin le dernier des soucis de ces faux prophètes qui, dans la réalité ne connaissent de la Bible que des versets épars dont ils se servent pour parvenir à leur fin.

Il est vrai que les fidèles ont eux aussi leur part de responsabilité dans ce qui leur arrive. En tant que chrétiens, ils ont le devoir de connaitre le livre saint dont ils se réclament. Un livre qui condamne avec la dernière vigueur les enseignements et les comportements de leurs gourous. « Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtement de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs », prévient le Christ dont l’ensemble de la communauté chrétienne se réclament. Ce même Christ ajoute qu’il dira à beaucoup de personnes qui prétendent le servir qu’il ne les connait pas au moment venu. Une simple lecture des textes sacrés permettrait donc à plusieurs fidèles des églises de savoir si leur pasteur est un escroc, un menteur ou s’il est un vrai serviteur de Dieu. 

Mais en attendant le « jour du jugement », l’Etat devrait intervenir et fermer des églises ne répondent pas à certaines normes. Au Rwanda, le président Paul Kagamé l’a fait avec succès. Dans ce pays, ne peut plus devenir pasteur n’importe qui. Il faut avoir étudié la théologie dans des institutions agréés ou reconnues. Au Bénin, n’importe qui peut se lever et se décréter pasteur du jour au lendemain. Avec les conséquences qui en suivent, l’intéressé n’ayant pratiquement aucune connaissance théologique et en leadership.

Pierre MATCHOUDO

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