Devoir de mémoire : les dessous de la nomination de Edgard Nguesso

 Devoir de mémoire : les dessous de la nomination de Edgard Nguesso

Il faut remonter à l’an 2021 pour mieux cerner la relation Edgard Nguesso et Denis Sassou Nguesso. Remontons le temps ! A sept mois de la présidentielle 2021, à laquelle devrait prendre part le president Dénis Sassou Nguesso, l’heure est à la mobilisation des troupes. C’est dans cette optique que le Chef de l’état congolais a décidé de faire la promotion de son neveu et fidèle de tous les temps, Edgard Nguesso, jusque-là directeur du domaine présidentiel. Explications La nouvelle de sa nomination a fait l’effet d’une bombe à Brazzaville, capitale politique du Congo. Le 12 Août 2020, Edgard Nguesso a été nommé par un décret signé des mains de Dénis Sassou Nguesso, Conseiller Spécial du Chef de l’état, Directeur général du domaine présidentiel. Une ascension pour celui que les congolais appellent « Gaya » ou « DDP ». Le timing de la nomination interpelle, et un visiteur nocturne du président congolais nous donne un début d’explication : « c’est une marque de confiance et de reconnaissance d’un père envers son fils. Lors des grandes batailles on s’entoure des siens, des hommes de confiance », a indiqué notre interlocuteur qui a souhaité garder l’anonymat.Ancien élève de l’Ecole militaire préparatoire Général Leclerc, Edgard Nguesso est Colonel au sein des forces armées congolaises depuis 13 ans. Discret, bon vivant, rigoureux, Edgard Nguesso est défini comme un fin stratège qui se met à bonne distance des médias. En 2015, c’est lui qui lance la plateforme politique à but non lucratif M2NR,( Mouvement National pour la Nouvelle République). Composé de jeunes et de femmes, ce mouvement selon son coordonnateur, Paul Tchignoumba, avait pour objectif de « rassembler le peuple congolais à travers les Associations, Mutuelles et ONGs autour du projet de la Nouvelle République et donc, un soutien sans faille à Dénis SASSOU NGUESSO ». Le M2NR lançait ainsi les grandes manœuvres en étalant ses tentacules sur toute l’étendue du territoire congolais. Le résultat aura surpris plus d’un. « Grands rassemblements, marche de soutien, mobilisation des jeunes et des femmes, nous étions au cœur de cette élection car certains qui, aujourd’hui élèvent la voix pour nous dénigrer, n’avaient pas eu le courage nécessaire pour soutenir et dire haut et fort pourquoi il était important de soutenir la nouvelle République » assène Marie-Paul Massala, une militante inconditionnelle du M2NR. Mais la reconnaissance ne tardera pas. Au lendemain du scrutin présidentiel de Mars 2016 remporté avec 60% des suffrages exprimés, le président congolais accorde une place de choix au sein de la nouvelle équipe gouvernementale au M2NR de Edgard Nguesso. Sans triomphalisme, le « DDP » remercie le président, s’efface et retourne au domaine présidentiel.Pour le politologue néerlandais d’origine congolaise, Alexis-Paul Tshibanda qui connaît bien le Congo-Brazzaville, « les liens entre le président congolais et son neveu Edgard se sont soudés dans l’épreuve et les difficultés ». Mais en dehors de cet aspect, « il faut remonter au début des années 1990 pour mieux comprendre », indique le politologue. Nous sommes en juin 1990, lors du sommet France-Afrique à La Baule, François Mitterrand invite les dirigeants africains à libéraliser la vie politique et fait savoir que l’aide française sera désormais assujettie aux efforts de démocratisation. Le mois suivant, le comité central du PCT décide de la séparation du parti et de l’Etat, avant d’instaurer le multipartisme en septembre 1990. Le pouvoir de Denis Sassou Nguesso se met à chanceler. Non seulement de nombreux partis d’opposition sont créés, mais certains proches du PCT décident également de prendre leurs distances pour créer leurs mouvements politiques. En mars 1992, une nouvelle constitution est adoptée par référendum. Elle instaure un régime semi-parlementaire. Les élections locales et législatives relèguent le Parti Congolais du Travail, PCT, au rang de troisième force politique du pays, avant que l’élection présidentielle d’août de la même année. Dénis Sassou Nguesso va perdre le pouvoir face à Pascal Lissouba. Cet échec est vécu comme une véritable humiliation pour le président congolais. Il se replie chez lui, dans son village à Oyo, nord du pays. Mais avant son départ pour la France, il passera ses journées et ses nuits blanches avec ses plus fidèles dont Edgard. Ce dernier fut le seul enfant à rester aux côtés du président congolais lors de la traversée du désert à Oyo. « Cet épisode a considérablement rapproché et soudé le père et le fils » nous confie un intime de la famille qui poursuit : » le président sait que Edgard sera à ses côtés quoiqu’il advienne et il l’a répété ces dernières semaines à plusieurs proches qui tentaient de le dissuader de nommer le DGDP. Sa nomination a fait des mécontents mais le président prend toujours ses décisions en tenant compte de certains paramètres que beaucoup ne voient pas », a-t-elle conclu.Selon nos informations, en nommant Edgard Nguesso Conseil Spécial à sept mois de l’élection présidentielle, le chef de l’état congolais Dénis Sassou Nguesso, a voulu resserrer les rangs autour de lui. Malgré la guerre de positionnement qui fait rage au sein de la majorité, le président congolais a tenu ses dernières semaines, à faire passer des messages aux frondeurs : « l’unité plutôt que l’uniformité ». À Oyo et sur les bords du fleuve Congo, Edgard Nguesso, un mbochi, fils de Catherine Ignanga, est perçu comme un personnage apotropaïque qui incarne loyauté et fidélité pour le président congolais.

La rédaction.

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