Atteinte d’insuffisance rénale: Qui pour sauver la petite Trésor?

 Atteinte d’insuffisance rénale: Qui pour sauver la petite Trésor?

Un cas d’insuffisance rénale suscite émoi, compassion et crainte depuis peu au Bénin. Il s’agit d’un enfant touché par cette tueuse silencieuse, l’insuffisance rénale. Trésor, puisque c’est d’elle qu’il s’agit n’a que 11 ans mais doit lutter chaque jour contre la mort au Centre national hospitalier universitaire Hubert Koutoukou Maga (Cnhu-Hkm) de Cotonou.

Dès la diffusion du reportage sur elle à la télévision nationale du Bénin, Ortb, c’est de la tristesse mêlée à de la curiosité qui se notent. Le reportage relayé sur les réseaux sociaux a recueilli des milliers de j’aime et commentaires.  Les uns pour montrer l’étonnement les autres pour partager la douleur et la comparaison avec Trésor et ses parents,  qui n’ont d’espoir que le souffle que l’Éternel renouvelle, chaque matin à leur petite fille.

Les faits…

« Cela a commencé par des enflures au niveau des yeux. Elle a le ventre comme celle d’une femme enceinte et criait de douleur sans parvenir à respirer », raconte la maman de Trésor.

Une fois à l’hôpital pour consultation, le diagnostic tombe; Insuffisance rénale chronique au stade terminal. Comme un coup de massue, la maman de Trésor qui avait quelques bribes d’informations sur les affres de cette pathologie n’en revenait pas « Comment ma fille peut-elle contracter un mal pareil se demanda-t-elle ? » Entre soupir en et consternation va-t-elle confier plus tard.  

Dès lors, elle commença les allers-retours entre la maison et l’unité des dialysés du Cnhu de Cotonou. « C’est ainsi qu’on a commencé la dialyse deux fois par semaine. Avec le temps ça n’allait pas et nous sommes passés à trois fois par semaine ». Vu le coût d’une séance de dialyse pour enfant (dans le 150.000 FCFA), les parents de la fille vidé toutes leurs économies afin de la soulager. Mais peine perdue. Sans prise en charge de l’Etat, la maman commence par s’essouffler financièrement. « Quand le jour du traitement approche je commence par courir dans tous les sens afin de collecter les fonds » confie-t-elle. De fois, elle n’en trouve pas et Trésor rate les soins, pourtant obligatoire, au péril de sa vie. Et là c’est un traumatisme psychologue pour la maman. Selon les sources, ils étaient plusieurs enfants à souffrir. Les autres, un à un, sont passés de vie à trépas, seule Trésor reste encore en vie, par la grâce de Dieu.

Les enfants souffrent-ils d’insuffisance rénale ?

C’est la question que beaucoup se posent depuis quelques jours au Bénin et sur la toile suite à la révélation du cas Trésor. « Malheureusement Oui! Les enfants sont également touchés par l’insuffisance rénale aiguë et chronique. Le cas de la petite fillette de 11 ans n’est qu’un exemple parmi tant d’autres » témoigne le docteur Yévèdo Tohodjèdé, pédiatre à l’unité de pédiatrie au Cnhu-Hkm. « Depuis zéro âge c’est-à-dire mêmes les nouveau-nés peuvent souffrir d’insuffisance rénale comme tout le monde. Et l’insuffisance rénale aiguë est la forme la plus fréquente qui s’observe à leur niveau » fait remarquer le spécialiste des soins des enfants. « Si chez les adultes, les données existent, au niveau des enfants il y a très peu de chiffres parce qu’il n’y a pas assez d’études surtout dans les pays en voie de développement » déplore le docteur Yévèdo Tohodjèdé.

Les Causes du mal…

Quatre causes majeures sont à l’origine de cette pathologie signale le néphro-pédiatre en ce qui concerne l’insuffisance rénale aiguë. « Au premier rang, le paludisme grave. Plus d’un enfant sur deux diagnostiqués souffrent d’insuffisance rénale aigue à l’unité du Cnhu, en l’occurrence les moins de trois ans. Il y a également les infections urinaires, les infections bactériennes sévères et les maladies diarrhéiques. Quant à l’insuffisance rénale chronique, deux grandes causes sont notées. Les glomérulonéphrites chroniques et les malformations des voies urinaires et des reins. Accessoirement la drépanocytose et d’autres maux peuvent s’ajouter au lot » précise le docteur.

Malgré ces causes, poursuit-il « l’insuffisance rénale aiguë est fatalement dangereuse. Car elle peut survenir de façon brutale. En l’espace de quelques heures ou de jours, l’enfant cesse d’uriner, ces yeux gonflent et il prend du poids exagérément. A ce stade, le traitement peut se faire et l’enfant va recouvrer sa santé. Malheureusement, les cas reçus à l’unité de pédiatrie du Centre national hospitalier et universitaire de Cotonou ne viennent qu’en phase terminale. C’est le cas de Trésor qui lutte contre la mort actuellement ».

Et souvent, c’est tard pour une prise en charge efficace aux dires de Yévèdo Tohodjèdé, néphro-pédiatre. « L’insuffisance rénale chronique peut longtemps demeurer asymptomatique. Ici l’enfant présente des signes de fatigue, ne dort pas bien avec des retards de croissance et s’ensuit l’anémie. Faute de soins, le patient évolue vers le stade terminal. D’ailleurs, le traitement est lourd et l’insuffisance rénale chronique est un traitement à vie » rappelle-t-il, sauf en cas de transplantation rénale.

Le traitement

Chez les enfants, le traitement ne nécessite pas d’intervention chirurgicale. Au Cnhu, l’unité de néphrologie-pédiatrie peut traiter les cas d’insuffisance rénale aiguë par la dialyse péritonéale, pour les cas graves. Pour certains cas encore plus graves qui nécessitent l’hémodialyse, surtout chez les tout-petits, l’accès au dispositif d’hémodialyse (pour adultes dont dispose le Cnhu) n’est pas aussi aisé. En cas d’insuffisance rénale chronique, c’est une autre paire de manche. Le Cnhu n’offre malheureusement pas de dialyse péritonéale pour ces enfants parce ne disposant pas d’unité d’hémodialyse pédiatrique. Seuls les adolescents peuvent avoir y accès. Contrairement à l’hémodialyse, la technique péritonéale se fait par cycle et l’enfant peut avoir plusieurs cycles par jour. Le coût forfaitaire est plafonné à 150.000 FCFA quels que soient le nombre de cycles et de jours de la dialyse.

Les enfants à risque

Plusieurs types d’enfants sont exposés à l’insuffisance rénale. Il y a : les prématurés ou ceux qui sont nés avec un poids anormal (en deçà du poids normal), les enfants atteints de drépanocytose, les enfants obèses ou ayant un retard de croissance. A ces cas, il faut ajouter les enfants qui ont fait une insuffisance rénale aiguë une fois dans leur vie ainsi que ceux souffrant de malformations des voies urinaires et bien d’autres.

Le dépistage en question ?

C’est un volet très important qui, souvent, concerne l’insuffisance rénale chronique. Plut tôt ça se dépiste, mieux ça se traite et le docteur conseille trois filtres. « La prise annuelle de tension artérielle dès l’âge de trois ans, le contrôle des urines (présence de sang et protéine) et l’analyse régulière du sang afin de vérifier si le rein fonctionne correctement. Il faut souligner que chez les cas à risque, les parents doivent commencer le dépistage très tôt » avertit le docteur. Il est à noter que l’hémodialyse chronique coûte plus chère que la transplantation rénale, qui est heureusement plus efficace tout en soulageant définitivement le malade.

Pour finir, le docteur demande aux autorités de créer une unité de néphro-pédiatrie complète où tout est en place pour traiter les cas de dialyse péritonéale aiguë et chronique. Aussi est-il nécessaire d’y ajouter les services d’hémodialyse pédiatrique et surtout il faut mettre un place un programme de transplantation rénale. Il est aussi important d’avoir « un système de couverture sanitaire car aucun parent ne peut supporter les coûts de prise en charge du traitement de l’insuffisance rénale des enfants »a laissé entendre Yévèdo Tohodjèdé, néphrologue pédiatre au Cnhu sur 5/7 matin de la télévision nationale le 21 juin 2022.

Arnaud ACAKPO (Coll)

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