Appel au 3ème mandat : Le silence inquiétant de la classe politique

 Appel au 3ème mandat : Le silence inquiétant de la classe politique

Depuis que Bertin Coovi a publiquement proposé, le 11 septembre 2022, au président Patrice Talon de briguer un 3e mandat, des voix ne se sont pas élevées au sein du pouvoir pour condamner ces propos dangereux dans un pays qui tente de tourner la page à des violences qui ont récemment entaché les élections.

Bertin Coovi, anonyme citoyen devenu une star pour ses envolées verbales contre le président Talon a fini par rejoindre le camp de celui qu’il considérait comme le plus grand mal. La volte-face est si spectaculaire qu’il se veut désormais plus royaliste que le roi, invitant celui qu’il voulait voir destitué à briguer un nouveau mandat, cette fois-ci inconstitutionnel. La constitution n’est ni la Bible ni le Coran, tente-t-il de justifier. Pour lui, il faut donner le temps au chef de l’Etat pour achever son œuvre.

Les propos de l’ex-opposant semblent bien une tentative de sa part de se racheter, de se repentir, après les virulentes diatribes contre son idylle d’aujourd’hui dont les réseaux sociaux se délectaient.

Au sein de la mouvance présidentielle, cette sortie médiatique est suivie d’un silence plat, ou au mieux de quelques commentaires très prudents. Ainsi Fred Houenou, un ancien opposant ayant lui aussi rejoint la mouvance présidentielle au sein du Bloc Républicain, a simplement estimé qu’il ne s’agit pas au parti de rabrouer son membre qui appelle le chef de l’Etat à se dédire.

En effet, à plusieurs reprises, le président Talon a affirmé que, comme le stipule la constitution, nul, au Bénin, ne peut briguer plus de deux mandats. Il a réitéré cet engagement le 10 juillet 2021 devant les délégués du sommet ouest-africain sur la bonne gouvernance, l’alternance et la démocratie qui s’est tenu à Cotonou. A l’occasion, il a rappelé que faire 2 mandats est devenu une pratique encrée dans les mœurs politiques depuis le retour de la démocratie en 1990.

Par contre, l’appel à un 3e mandat inconstitutionnel est une pratique anti-démocratique à laquelle se livrent des courtisans politiques. Les anciens présidents Mathieu Kérékou et Yayi Boni ont eux aussi reçu ce genre de pression de la part des individus soucieux de préserver leurs intérêts. Au niveau du continent africain, la tentation de mandats inconstitutionnels a conduit à des mouvements violents et, parfois, à l’irruption de l’armée dans la politique comme c’est le cas récemment en Guinée.

Adulé entretemps par l’opposition, Bertin Coovi était perçu comme un analyste perspicace. Si cela est vrai, il est donc impossible qu’il ignore la dangerosité de sa proposition. Mais alors, l’on peut dire qu’il est en train de travailler pour l’opposition de manière déguisée, une opposition qui ne manquera pas d’utiliser cette démarche contre le président Talon.

Lorsqu’en mai 2018 deux acteurs de la société civile nigérienne ont appelé le président de leur pays à briguer un 3e mandat, ils ont été, jugés et condamnés pour complot visant à changer la constitution du pays. Cette réaction exemplaire devrait inspirer l’ensemble de la mouvance présidentielle au Bénin si tant l’on tient à ce que le pays soit toujours considéré comme un modèle de démocratie. Une réaction énergique du chef de l’Etat ou du porte-parole du gouvernement est attendue comme ce fut le cas quand le poster du président de la République a été mis à certains carrefours.

Pierre MATCHOUDO

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