Alfred Houngnon à propos de la valorisation des zones humides : «Nos cours d’eau deviendront des autoroutes…»

 Alfred Houngnon à propos de la valorisation des zones humides : «Nos cours d’eau deviendront des autoroutes…»

De par sa situation géographique, Cotonou bénéficie d’une surface maritime et d’importants plans et cours d’eau capables d’aider le Bénin à relever les défis à la fois écologiques, socio-culturels et économiques. Alfred Houngnon, spécialiste en Valorisation de la Biodiversité Patrimoniale et Mobilisation Citoyenne, dans cet entretien, propose des solutions en vue de leur assainissement et leur réhabilitation.  

Qu’entend-t-on par zone humide ?

Toute région où le principal facteur d’influence est l’eau. Elle représente géographiquement, les points les plus bas de nos régions avec un rôle majeur en ce qui concerne le cycle de l’eau et le cycle du carbone. Certains auteurs ont parlé de reins de paysages et d’autres parlent de supermarché biologique compte tenu de leur fonction et extraordinaire richesse en biodiversité inféodée.

Comment peut-on faire pour protéger et valoriser les zones humides dans une ville comme Cotonou ?

Les trames verte et bleue de Cotonou sont accessibles sur Google earth et nous permettent de nous rendre compte qu’avec une bonne cohérence spatiale nous pouvons en un temps record remettre Cotonou,  notre ville convergence à flot et aux normes internationales. Cependant, la solution optimale pour vite y arriver est de co-concevoir et co-construire avec les riverains et habitants des zones humides (cours d’eau ou marécages, Lac ou marais, berges), des stratégies de gestion et de valorisation de l’eau qui répondent à la fois aux besoins des femmes, des hommes et enfants tout en alliant la nature à l’homme. Il faut toujours mettre l’Homme au cœur du système. Donc il s’agira de motiver et de provoquer l’intelligence dormante des citadins de Cotonou pour résoudre et faciliter par eux-mêmes leurs besoins vitaux et basiques en déplacement, en alimentation, en plaisance et en survie avec la contrainte de ne considérer prioritairement que les ressources naturelles immédiatement disponibles dans le terroir. Le terroir de Cotonou fait environ 79 kilomètres carrés avec plus de 66% affilié à l’eau ou zone humide. Cotonou même n’étant qu’un retrait de fond de Mer d »il y a des milliers d’années. C’est bien grâce au chenal artificiel creusé par les français dans les années 1885, que Cotonou a pu gagner quelques kilomètres carrés pour s’étendre jusqu’à 79 km carrés. Il va sans dire qu’il faut par exemple mobiliser les Cotonois autour de la question de l’eau, la restauration des cours d’eau tout en réfléchissant à de nouvelles méthodes.

Comment utiliser les cours d’eau ou Marécages de la ville pour mieux effectuer les trajets à travers les 13 arrondissements de Cotonou ou au-delà dans la conurbation qui réunit le Grand Nokoué (Cotonou, Porto Novo, Abomey calavi, Ouidah, Sème Podji et l’ensemble des cités lacustres) ?  

Le transport fluvial interurbain est ainsi possible puisque le paysage des zones humides connectées le permet. Il suffira de restaurer la continuité hydrologique dans la ville en sautant les ponts, Ponceaux et pontons peu ambitieux qui constituent aujourd’hui les plus gros verrous à l’écoulement. Comme cela on pourra remplacer une partie du cortège des Zemidjans par les embarcations fluviales. C’est de la mobilité douce qui répond plus à la fois à moins d’émission d’effet de gaz à effet de serre. Mais aussi à notre capacité d’adaptation et de résilience au cœur d’une ville durable.

Dites-nous alors comment bien valoriser et utiliser à l’optimum les plans d’eau de Cotonou sans se nuire afin de mieux vivre avec l’eau à travers l’écotourisme et la production halieutique ?

De ce point de vue, on pensera à la préservation des habitats naturels ou gîtes de biodiversité de nos marécages urbains à Cotonou en les transformant en îles écologiques Urbaines qui puissent continuer à héberger la diversité aviaire, les reptiles, Poissons et autres faunes associée pour servir de base pour la survie des espèces qui ont droit à une vie mais aussi d’unité touristique. Nos cours d’eau deviendront des autoroutes avec un cœur plein central formant des îles écologiques pour offrir à Cotonou une vision moins anthropocentrée. C’est là la vraie base de la durabilité. Par ailleurs, la production halieutique surtout la production de Tilapia (poisson prisé) permettra de faire de Cotonou une un pôle d’économie circulaire et de production digne et saine. La version pratique de cette ambition est en cours à Fifadji, avec un modèle duplicable de l’initiative. Fifadji est portion de l’un des plus grands marécages de Cotonou qui part de Togbin (à Ouidah) pour le Lac Nokoué (à Cotonou) suivant un azimut de 70°. Quelques rares Citoyens Béninois de la Diaspora comme de l’intérieur très Téméraires en notre capacité interne d’y parvenir, s’organisent autour de cette mobilisation.

Quel sera l’impact d’une telle  opération ?

La oremi conséquence est la densification des humains et leur maintien à Cotonou. Ce qui s’oppose à la question du relogement d’une partie de la ville sur les plateaux en hauteur à partir de Abomey calavi. La vision court termiste perdra d’arguments Cotonou évoluera vers une mégapole intégrée capacité à nourrir ses urbains et inscrite dans une résilience affichée comme Amsterdam, Venise Etc…

Êtes-vous convaincu que c’est la seule solution pour limiter les dégâts à Cotonou ?

Bien sûr. Puisque la montée des eaux suite aux fontes glacières, si cela ne reste pas une hypothèse nous interpelle tous. Car la Mer reprendra sa place à partir du moment où chaque goutte de d’eau qui fait monter la Mer la rapproche de son vieux trait de côte qui était à la lisière du plateau continental dans les limites d’Abomey Calavi, de Savi…. Et notre rôle en tant qu’humains capacités à anticiper et prévoir l’avenir est de trouver un mécanisme d’adaptation. Il va sans dire que malgré la montée de la Mer, Cotonou peut persister si nous restaurons aujourd’hui, les vieux fonds marins devenus marécages après le retrait de la Mer d »il y a des milliers d’années. La preuve palpable de cette vision est le chenal de Dantopka qui a permis de créer une affinité entre la Mer et le Lac Nokoué évitant à Cotonou l’extension de l’inondation depuis 1885. Les hautes marées se déversent dans le Lac Nokoué via le chenal et le trop-plein de l’Ouémé aussi se déverse dans la Mer via le même chenal épargnant Cotonou et ses crêtes. Il faut rééditer ce modèle d’aménagement en restaurant les cours d’eau avec une bonne pratique de dragage intelligent et non systématique.

En dehors de Cotonou, quelles sont les autres villes concernées ?

Les villes de Porto-Novo, de Parakou, de Lokossa, de Grand Popo

Comment faire pour joindre l’utile à l’agréable pour le bonheur de tous ?

Je fais ainsi appel à la solidarité citoyenne, conceptuelle, au génie des uns et des autres, malgré nos fortes divergences d’intérêt et disparité sociale effroyables.  Je fais appel au sens de partage et de solidarité intelligente pour nous sortir des sentiers battus. C’est ensemble que nous croulons en tant que civilisation, population ou peuple. La singularité n’a aucun sens pour le progrès d’une nation. Toutes les solutions pour un développement durable, harmonieux et prestigieux sont disponibles localement. Malheureusement, les innovations restent coincées dans les recoins des consciences des citoyens et se lignifient même faute d’appropriation et de mise en œuvre.  Sinon, je n’invente rien. Plusieurs Béninois en ont dit assez pour peu depuis 1960. La science, le savoir savant et les ressources, existent et malheureusement dispersées dans les mémoires et laboratoires de nos universités publiques, privées et bibliothèques domestiques. Nous n’avons pas réussi à mettre en place un mécanisme d’exhibition de nos réflexions individuelles sur la place publique (culture de cachotteries et Psychose d’expropriation face à la fragilité des droits de propriété). La diffusion des résultats de recherche au Bénin est condamnée au silence au-delà de la soutenance. Ce qui empêche l’accès à l’information surtout avec ce modèle universitaire et scientifique qui s’organisent dans une vision de sphère occulte, corporatiste et de bulles closes inaccessibles à la communauté, aux génies de la rue et aux politiques pouvoir en main. Beaucoup de travaux de recherches ignorent aussi l’utilité, l’essentiel et s’accrochent à la mode occidentale afin de gagner des miettes de recherche qui ne finissent que par alimenter les bases de données étrangères. Ce dysfonctionnement fait aussi qu’à chaque fois, les décideurs et politiques font appel à l’expertise étrangère pas souvent suffisamment informée avec les urgences politique. Cette réflexion que nous menons depuis 2008 sur la route de l’eau à Cotonou et son potentiel, n’est pas un mémoire diplômant mais une volonté de prendre son destin en main là où l’on est né. Et nous avons l’intime conviction que nous parviendrons à des résultats prodigieux avec la mobilisation citoyenne élargie. Merci aussi d’être là pour ce soutien ultime.

Un dernier mot pour conclure

La question de L’eau dans un espace géographique donné ne peut pas être l’apanage que des politiques ou des cadres. C’est une ressource naturelle de grande importance dont les subtilités vont au-delà des modèles de conception théorique et des volontés politiques. Il faut de la mobilisation et c’est juste le journaliste que vous êtes qui constitue la clé de voûte du déclic sur la libération de la thématique et l’ensemble des enjeux. Infiniment merci à vous pour votre métier sans lequel des milliers de travaux de réflexion sont restés dans l’obscurité depuis l’existence de la République.

Réalisation : Damien TOLOMISSI

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1 Commentaire

  • L’adaptation à l’eau est le premier facteur qui met en lumière notre résilience à Cotonou au Bénin. Il faut offrir à L’eau et à la nature le droit de cité et l’humain pourra en tirer énormément profit.

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