Accès aux soins primaires à Bopa: Un Véritable chemin de croix

 Accès aux soins primaires à Bopa: Un Véritable chemin de croix

Ville située au sud-ouest du Bénin, Bopa fait partie des six communes du département du Mono. La commune est limitée au Nord par les communes de Dogbo et de Lalo, au Sud par les communes de Comè et de Houéyogbé, à l’Est par le fleuve Couffo et le lac Ahémé et à l’Ouest par les communes de Lokossa. A Bopa, l’accès aux soins de santé élémentaire est un défi quotidien pour les populations notamment celles situés dans la zone dite de «terres noires ». Dans le silence, un drame humain se déroule à quelques 103 kilomètres de Cotonou surtout en période de pluie. 

Bopa, commune à forme d’un quadrilatère allongé vers le Sud, couvre une superficie de 22,74 % de la superficie du département du Mono. Elle est divisée en sept arrondissements avec soixante localités à savoir : Agbodji (sept villages), Badazouin (neuf villages), Bopa (13 quartiers de villes), Gbakpodji (six villages), Lobogo (11 villages), Possotomè (huit villages) et Yègodoé (sept villages). A la question quel est le problème majeur de Bopa ? L’ancien point focal santé de la mairie de Bopa, Jeannot Agbotin Dhossou confie : «la commune est tellement mal pourvue au plan sanitaire ». Par un matin de ce mois de janvier, une promenade nous amène de Lobogo vers la commune de Lalo dans le Couffo. Après avoir parcouru une quinzaine de kilomètre, nous voilà à Badazouin, l’un des arrondissements de Bopa situé dans la zone dite de «terres noires ». A peine entré dans cette localité, on y trouve le Centre de santé d’arrondissement. Nous poursuivons notre chemin. Plus aucun centre de santé ni d’installation sanitaire jusqu’à Médessèdji à une vingtaine de kilomètre du premier centre. C’est là, où on retrouve un autre centre de Santé. Après ce dernier, plus aucun autre centre de Santé avant d’atteindre le village de Hlassamey dans la commune de Lalo, après environ 30 kilomètres parcouru en passant par le village de Hombètè.

Dame Amélie confie : «Nous souffrons beaucoup par ici, il nous faut parcourir près de 20 kilomètres pour nous soigner ». Quand on lui demande où les populations du village vont se soigner, elle renseigne qu’avant, c’est uniquement à Lalo. Maintenant, elles peuvent aussi aller à Médessèdji pour se faire soigner. Sauf qu’elle estime qu’à Médessèdji, il y arrive qu’on dise au patient de se rabattre sur le centre de santé de Badazouin. «Dans ce cas, on préfère aller à Lalo ou laisser tomber l’hôpital pour des soins traditionnels », argumente-t-elle. Une autre plus âgée qu’Amélie fait remarquer que «parfois sur la voie la moto peut tomber en panne ou le malade peut mourir et nous rebroussons chemin simplement ». Mathieu Oyi relève qu’en période de pluie, la situation est plus que pénible. Et «on enregistre beaucoup de morts soit en cours de chemin soit à la maison ne pouvant pas prendre la voie pour aller au Centre de santé ».

En effet, en saison pluvieuse, il est impossible de prendre la route même à la marche. La commune est située sur une terre hydromorphe. Et ces terres-là sont tellement difficiles d’accès en temps de pluie. «Sur ces terres-là, il faut tenir debout, pour y marcher en saison pluvieuse. Si non, vos pieds s’enlisent dans la boue et vous tombez », confie l’ancien deuxième adjoint au maire de Bopa, Jeannot Agbotin Dhossou. Il explique qu’avec la peine que les populations ont à trimbaler une femme enceinte et en travail, les gens préfèrent faire des accouchements à domicile avec tous les risques auxquels cela expose. Pourtant, le centre de santé est là mais très loin. Et donc, il y a des cas de décès mais qui ne sont pas signalés. Pour beaucoup de ces naissances à domicile, les enfants ne sont pas déclarés. Donc, ces nouveau-nés ne sont pas suivis pour la plus part du temps.

Présentation de la carte sanitaire de Bopa

La commune de Bopa a sept arrondissements et dispose de sept centres de santé. A priori, on pourrait croire que cette commune est bien lotie. Les centres de santé sont implantés au niveau des centres d’arrondissements. Par exemple, quand on prend l’arrondissement de Bopa, le centre de santé est à Bopa. Donc les villages situés à 4 ou à 5 Km n’ont ni de centre de santé ni tout autre dispositif sanitaire. C’est le cas aussi à Possotomè où les villages comme Sèhomi qui sont loin du Centre d’arrondissement n’ont pas de centre de santé. La catastrophe selon Jeannot Agbotin Dhossou est Lobogo. Selon l’ancien deuxième adjoint au maire (3è mandature, le Bénin étant à la quatrième mandature), c’est le plus grand arrondissement de la commune. Il compte 18 villages et il est enregistré près de 40 accouchements par mois. Pour lui, à Lobogo centre où est implanté le Centre de santé, il en faut encore deux pour pouvoir équilibrer un peu les choses. A Gbakpodji, le centre de santé est au centre et les villages tels que Kplatoè, Ahloumè qui sont très loin n’ont pas de centre de santé. Quand on prend l’arrondissement de Yégodoé, c’est un drame. Le centre de santé est au centre d’arrondissement. Mais, il y a un village situé à 30 km de ce centre d’arrondissement comme Sinkpégbolossouhouè. Pour y aller vous avez deux choix. Soit vous marchez de Yègodoé pour y aller. Soit vous prenez un moyen de déplacement et vous sortez de Bopa. Vous prenez par la commune de Lalo (dans le Couffo) parce que l’accès à ce village est tellement difficile. Et là, il n’y a pas de centre de santé.

Quand on prend l’arrondissement de Badazouin, un village comme Hombêtè situé à plus de 22 Km de l’arrondissement central ne dispose pas de centre de santé. Au niveau de Agbodji, les villages comme Kowèho, situés à près d’une vingtaine de kilomètre de l’arrondissement central sont dépourvus de centres de santé. 

L’expérience de Médessedji

Voyant la souffrance des populations de Badazouin, une ONG a voulu aider la commune. Cette ONG a construit, un peu loin de Badazouin un centre de santé à Médessèdji. Ce centre de santé est resté  inoccupé plus d’une dizaine d’années. C’est le conseil municipal défunt qui l’a mis en service. Le maire de Bopa a équipé le centre et l’a doté de médicament à hauteur de 200 000 FCFA avec l’aide des partenaires et du Directeur départemental de la santé. Le centre est pourvu de panneaux électriques, de réfrigérateur. L’ex-adjoint au maire informe que la mairie a recruté deux aides-soignants du Centre médico-sociale de Parakou. «On a installé un comité de cogestion.  Et c’est comme ça on essaie de payer des gens avec la vente des médicaments, les frais de pansements, d’accouchement et autres prestations », renseigne l’ancien point focal. C’est ainsi jusqu’à ce que le centre ait eu un capital de plus 2 millions de FCFA. Aujourd’hui, le centre dispose d’une sage-femme, de deux aides-soignantes et d’une pharmacienne. Ces quatre agents sont payés par le centre. Il faut remarquer que ce centre est à la base un centre d’accouchement. Mais, il offre tous les soins qu’un centre de santé ordinaire peut offrir. L’Etat envisage y construire un dispensaire.

Selon Jeannot Agbotin Dhossou, lorsque le gouvernement a décidé de fermer certains centres de santé, il s’est rendu compte qu’il peut par fermer le centre de Médessèdji vue sa distance par rapport au centre formel de Badazouin. Mais, il a demandé qu’un personnel qualifié soit recruté. Ainsi, le centre a pu se doter d’une sage-femme. Cette dernière assure le service jusqu’au vendredi. Elle est assistée par une aide-soignante pendant que le second est au repos jusqu’à la semaine suivante avant de reprendre service. D’après nos informations recueillies sur place, le centre fait 7 à 20 accouchements par mois ». Le centre assure aussi les soins et traite des patients. S’il y a des cas graves, la sagefemme les réfère vers le centre de santé de Badazouin. Au ce niveau elle informe que «la population n’aime pas être référée ».

Parfois, certains laissent le malade à la charge du centre. D’autres viennent même sans sous. Certains, dès qu’on les envoie au centre de Badazoin préfère ramener leur malade à la maison ou à Lalo, une commune du Couffo qui est plus accessible pour eux. Elle relève qu’à la seule pensée de prendre la voie de Médessèdji pour Badazouin, la population préfère rester à la maison. En saison de pluie, c’est un calvaire. L’état de la voie est si exécrable qu’il est préférable de marcher de Medessèdji à Badazouin (environ 20 Km) plutôt que de prendre une moto ou un véhicule. A cette période, «les ambulanciers n’arrivent plus à Médessèdji ». Donc en cas d’urgence, ce sont les parents du patient qui négocient avec les ambulanciers pour savoir jusqu’où ils vont amener leur malade pour que l’ambulance puisse venir le chercher.

Le Centre de santé de Zizaguè inoccupé au milieu d’un champ de maïs

Une expérience qui peut faire école

Pour pallier un peu à la situation, le gouvernement a doté Bopa de quelques centres de santé que le conseil communal a essayé de repartir. Aujourd’hui, Zizaguè, Hounviatouin et Djidjozoun dans Agbodji ont leur centre de santé. Dans Yégodoé, il y a le village de Tohouéta qui dispose maintenant d’un centre de santé. Dans Lobogo, il y a le village de Yêtoè qui dispose aussi d’un centre. Mais, ces centres sont pour l’instant, des constructions. Ils ne sont pas encore équipés ni pourvus de personnels afin d’être fonctionnels. Ces centres sont au milieu d’herbe et risquent de se dégrader même, avant d’être en service. Pendant ce temps, les populations souffrent le martyr pour se faire soigner. L’expérience du centre de Médessèdji peut servir aux autres centres dont les bâtiments sont terminés mais qui ne sont pas encore fonctionnels et sont laissés dans la brousse à l’image de celui de Zizaguè (photo) dans l’arrondissement de Agbodji. L’ex point focal santé de Bopa, Jeannot Agbotin Dhossou estime que pour mettre les cinq autres centres en service, point besoin de grande chose. «Il suffit seulement qu’on équipe, qu’on puisse les doter d’un fond minimum au départ et c’est fini, ça va prendre », suggère-t-il.

Multiplier l’expérience de Médessèdji et renforcer le personnel des centres

En plus de rendre accessible les soins élémentaires de santé en rapprochant les centres de santé des populations à défaut de rendre les voies praticables, le défi du gouvernement au niveau de Bopa, est de renforcer le personnel d’agents qualifiés. La sage-femme du centre de Médessèdji, Francine Mèvo pense qu’il faut renforcer le personnel des centres de santé de Bopa. Elle précise que son centre par exemple ne dispose pas d’infirmiers ni de médecins. Il en est de même pour le centre de Badazouin. En plus de cela, Jeannot Agbotin Dhossou souhaite qu’il y ait de nouveaux centres. Pour lui, Homgbèté par exemple doit avoir un centre comme Sinkpégbolossouhoué, Ahloumè ou Kplatoè, Hounvè ou Hangnamey, Kpidji, Doguia et Sèhomi. Pour lui, il ne s’agit pas de construire seulement des bâtisses. Il faut les équiper et les pouvoir en personnel. Il estime que pour équiper ces centres de santé et les doter de personnel, il ne faut pas grand-chose. Selon lui, il suffit d’avoir de bonnes volontés. Il pense qu’avec deux millions sans les équipements, un centre est déjà fonctionnel. Avec ce fond, un centre peut se doter de médicaments et assurer les premiers paiements d’un personnel composé d’un agent qualifié et de deux aides-soignantes, en attendant de faire des recettes. Ce fond peut être un don ou un prêt. Si c’est un prêt, il faut  l’échéance de remboursement à long terme pour permettre au centre de commencer par faire des recettes sur un temps donné avant de commencer le remboursement. Dans le système sanitaire, un centre de santé doit avoir trois comptes. Un compte pour les frais d’amortissement qui s’élève à 5% des recettes. Un compte médicament à hauteur de 60% des recettes et un compte fonctionnement qui prend 35 % des recettes. Chaque compte finance uniquement ce à quoi il est destiné. Pour l’ex point focal santé de Bopa, les nouveaux centres construits et à équiper ne doit pas s’aligner sur ce format dès leur mise en service. Ils doivent disposer d’un compte unique pour un certain temps afin de pouvoir faire face à toutes les charges et d’avoir un capital conséquent. Aujourd’hui, le centre de Médessèdji a déjà éclaté ses comptes. Mais, au départ, c’était un seul compte bancaire.     

Arthur SELO (Coll)

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